Wen Jiabao à Berlin: contrats, cafouillage et divergences sur les droits de l’Homme

 L'Allemagne et la Chine ont signé pour plus de 15 milliards de dollars de contrats mardi, lors d'une visite à Berlin du Premier ministre chinois qui a donné lieu à une passe d'armes sur les droits de l'Homme.Parmi ces contrats figure une méga-commande à Airbus, annoncée par la chancellerie allemande pour 62 appareils de la famille des A320, puis 88 par l'avionneur européen.

Arrivé lundi soir à Berlin après un passage à Budapest puis à Londres, Wen Jiabao a donné le ton mardi lors de l'ouverture d'un forum économique entre les deux pays.

"Nous, la Chine et l'Allemagne, sommes d'étroits partenaires", a-t-il dit. En précisant : "Nous attendons le respect (...) de notre souveraineté, de notre intégrité territoriale et des choix autonomes du peuple chinois".

La veille à Londres M. Wen avait averti les Européens de ne pas "pointer du doigt" son pays.

Berlin, comme d'autres capitales, a critiqué l'emprisonnement début avril de l'artiste dissident Ai Weiwei, relâché la semaine dernière mais en liberté surveillée.

Tout en saluant sa libération, "nous avons signalé qu'il serait très important qu'une procédure transparente s'ensuive pour lui et pour tous les autres" dissidents, a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel lors d'une conférence de presse commune.

"Il y encore beaucoup de chemin à parcourir" sur un certain nombre de sujets en Chine, notamment des procédures judiciaires respectueuses de l'Etat de droit, a-t-elle dit.

La conférence de presse a été perturbée par un protestataire présentant à M. Wen "un prix", le typique chat chinois agitant le bras, mais armé d'un gourdin.

Sur le plan économique, l'annonce de deux contrats chinois pour l'avionneur européen Airbus a donné lieu à un cafouillage.

Ils portent sur 88 appareils, et non 62 comme annoncé initialement par la chancellerie, qui a précisé ensuite n'avoir pas été tenue au courant des ultimes développements de négociations qui ont manifestement duré jusqu'à la dernière minute.

En tout, des contrats représentant un volume total de "plus de 15 milliards de dollars" (10,6 milliards d'euros) ont été signés mardi, a dit M. Wen.

Volkswagen et Daimler se sont engagés à investir encore plus en Chine, et le conglomérat industriel Siemens a signé un accord de coopération avec les autorités chinoises.

La veille à Londres les entreprises britanniques avaient engrangé un modeste 1,6 milliard d'euros de contrats chinois.

L'Allemagne est de loin le premier partenaire commercial de la Chine en Europe. Le volume de leurs échanges a atteint 130 milliards d'euros l'an dernier, et devrait pointer à 200 milliards d'euros à l'horizon 2015.

M. Wen voit dans l'Allemagne "le moteur" de sa coopération avec l'Europe toute entière.

Dans la matinée, les représentants de 13 ministères chinois ont rencontré leurs homologues allemands pour un conseil des ministres conjoint. Une série d'accords de coopération a été signée, sur de nombreux sujets, de l'électromobilité à la sécurité alimentaire.

Ce type d'exercice, que l'Allemagne pratique avec des partenaires proches comme la France, Israël ou la Russie, est le premier du genre pour Pékin et M. Wen a déclaré vouloir "régulariser et institutionnaliser" ce format pour intensifier les relations avec Berlin.

Le chef du gouvernement chinois a également dit sa "confiance dans l'économie européenne et dans l'euro". "Nous avons dit que nous soutenons certains pays européens, chacun selon ses besoins, en achetant leurs emprunts d'Etat de manière limitée", a-t-il ajouté.