Ventes à découvert: Berlin veut une réponse européenne contre la spéculation

 Face aux turbulences sur les marchés, l'Allemagne a appelé vendredi l'UE à interdire sur tout son territoire certaines ventes à découvert, et à aller plus loin que la proposition faite il y a un an par Bruxelles sur ce mécanisme financier très décrié."Nous nous engageons pour une interdiction substantielle des ventes à découvert en Europe", a affirmé vendredi le ministère allemand des Finances, y voyant la seule manière de "contrer de manière convaincante la spéculation destructive".

Un règlement européen pour limiter la spéculation sur les marchés est en préparation à Bruxelles. Il pourrait faire l'objet d'un accord en septembre, a indiqué vendredi Chantal Hugues, la porte-parole du commissaire Michel Barnier, chargé des services financiers.

Mais le projet actuel "est moins sévère que la loi déjà en vigueur en Allemagne", a regretté un porte-parole du ministère allemand des Finances.

Berlin propose donc de durcir le projet en s'inspirant de sa propre législation en la matière, adoptée dès l'an dernier.

Soit non seulement une interdiction des ventes à découvert dites "à nu" sur les actions cotées et la dette souveraine, mais aussi le bannissement des ventes à nu sur les "credit default swap" (CDS), ces assurances contre le risque de défaut d'un pays.

La proposition de Bruxelles, qui remonte à septembre 2010, va moins loin et ne s'applique pas aux CDS.

Il s'agit de donner le pouvoir aux autorités de marché nationales d'interdire les ventes à découvert, certaines ne pouvant pas le faire actuellement, et d'obliger les opérateurs qui recourent aux ventes à découvert "à nu" --sur les actions et les obligations d'Etat-- à fournir des garanties qu'ils pourront livrer les titres qu'ils promettent.

A l'époque, Bercy avait jugé que "dans les faits, cela revenait à interdire les ventes à découvert +à nu+, mais sous une forme plus subtile".

Berlin n'est pas seul à vouloir s'en prendre aux ventes à découvert sur les CDS: le Parlement européen aussi, au grand dam de nombreux Etats.

Londres a ainsi immédiatement fait savoir qu'une interdiction des ventes à découvert n'était pas d'actualité. Son épicentre financier, la City, risquerait d'être lourdement pénalisé par une telle mesure.

Aux Pays-Bas, l'autorité des marchés financiers ne voit "aucune raison d'adopter des mesures supplémentaires contre les ventes à découvert sur le marché néerlandais".

Et de rappeler que cette pratique a une utilité pour le marché. Elle améliore sa liquidité (la facilité des échanges) et joue un rôle important dans la formation des prix. A condition toutefois d'avoir des "conditions de marché normales".

En pointe sur l'interdiction des ventes à découvert, l'Allemagne est repartie à la charge après que quatre de ses partenaires --la France, l'Italie, l'Espagne et la Belgique-- ont décidé d'interdire les ventes à découvert sur certaines valeurs financières. Annoncée jeudi soir, cette mesure a été prise pour au moins quinze jours et a permis d'apaiser les marchés européens en fin de semaine.

Lundi, la Grèce avait pris la même mesure pour deux mois.

Déjà mise en cause pendant la crise financière de 2008 et aux débuts de la crise de la dette, la vente à découvert consiste à emprunter un actif dont on pense que le prix va baisser et à le vendre, avec l'espoir d'empocher une différence au moment où il faudra le racheter pour le rendre au prêteur.

Elle peut prendre une forme plus poussée, dite "à nu" quand l'investisseur vend un titre qu'il ne possède pas.