Vent de panique sur les Bourses, les banques s’effondrent

 Les places boursières ont à nouveau cédé à la panique mercredi, plombées par l'effondrement du secteur bancaire et les rumeurs d'aggravation de la crise en zone euro.De nouvelles inquiétudes sur la zone euro et des rumeurs, aussitôt démenties, d'abaissement de la notation de la dette publique française ou de faillite bancaire, ont alimenté l'affolement des marchés.

"C'était une séance folle. Le secteur bancaire n'avait pas été attaqué aussi violemment depuis Lehman Brothers", commente Renaud Murail, gérant d'actions chez Barclays Bourse.

En clôture, la Bourse de Paris a plongé de 5,45%, Francfort de 5,13% et Londres de 3,05%. Madrid a perdu 5,49% et Milan 6,65%.

La fièvre touchait aussi l'autre rive de l'Atlantique, où l'indice vedette de la Bourse de New York, le Dow Jones, cédait 3,05% vers 17H15 GMT. Le rebond spectaculaire de la veille (environ 4%) était bien loin. "L'enthousiasme est fini", constataient les analystes de Charles Schwab.

"On est dans une atmosphère de panique, le marché joue à se faire peur. Il y a eu une attaque en règle, une spéculation à la baisse, mais surtout une phobie générale", commente M. Murail.

Alors que l'Europe avait démarré sur un rebond, les places financières ont subitement paniqué à deux heures de la clôture, les investisseurs liquidant leurs actions dans la précipitation.

La nervosité a été portée à son comble par la multiplication de rumeurs de dégradation de la note de la France ou de faillite de la banque française Société Générale, dont l'action s'est effondrée de 22% en cours de séance.

Certains analystes expliquaient aussi cette débâcle des valeurs financières par le débat agitant les marchés autour du Fonds européen de stabilité financière (FESF) et du plan de sauvetage de la Grèce.

Athènes envisage en effet d'étendre son programme d'échange d'obligations afin d'y inclure des titres à plus longue échéance, ce qui mettrait davantage à contribution ses créanciers privés.

Le gouvernement français a "formellement" démenti les rumeurs sur une éventuelle dégradation de sa note.

"Ces rumeurs sont totalement infondées et les trois agences Standard's and Poor, Fitch et Moody's ont confirmé qu'il n'y avait pas de risque de dégradation", a-t-on assuré dans l'entourage du ministre français des Finances François Baroin.

Interrogée par l'AFP, l'agence franco-américaine Fitch Ratings a confirmé la note "AAA", décernée aux emprunteurs les plus fiables, qu'elle attribue à la dette publique française.

"Il est clair que des investisseurs jouent la carte de la peur car cette rumeur est largement infondée", a tempéré un autre analyste.

Malgré ces rumeurs, les taux d'emprunt des pays de la zone euro se sont fortement détendus mercredi, à la faveur du rachat par la Banque centrale européenne des titres de dette italiens et espagnols, et d'une émission d'obligations placée avec succès par l'Italie.

La France et l'Italie sont montées au créneau pour tenter de convaincre les investisseurs de leur détermination à maîtriser leurs budgets.

Le président français Nicolas Sarkozy a ainsi interrompu ses vacances pour présider une réunion de crise. Paris promet d'annoncer, le 24 août, de nouvelles mesures pour atteindre ses objectifs de réduction du déficit, indispensables pour conserver sa note "AAA".

Le gouvernement de Silvio Berlusconi s'est de son côté engagé à adopter au plus tard le 18 août de nouvelles mesures d'austérité destinées à revenir à l'équilibre budgétaire dès 2013 en économisant 20 milliards d'euros supplémentaires.

Autre pays dans le collimateur des agences de notation, Chypre a vu sa note dégradée par l'agence Fitch, qui a estimé que le pays aurait besoin d'un plan de sauvetage européen pour faire face aux échéances de remboursement de sa dette.

Beaucoup d'incertitudes vont persister pendant encore plusieurs semaines, avertissent certains analystes. L'économie américaine croît à un rythme lent et il n'est pas exclu que la récente tempête boursière affecte l'activité économique.

La banque centrale américaine (Fed) a dressé mardi un bilan de santé peu brillant de la première économie mondiale, dont les perspectives sont "molles". La croissance y a crû à un rythme annuel de moins de 1% au premier semestre alors que l'institution tablait sur plus de 3% en début d'année.

"La Fed dit clairement que certains problèmes vont durer longtemps", avance Eric Edelfelt, gestionnaire d'actions chez Meeschaert Gestion Privée à Paris. "Peut-être que le médicament qu'elle a administré ne sera pas suffisant", ajoute-t-il.

La Fed, dont la marge de manoeuvre était réduite, a promis mardi soir de maintenir son taux d'intérêt directeur près de zéro "au moins jusque mi-2013" tout en envisageant de nouvelles mesures de relance pour aider l'économie américaine sans indiquer lesquelles.

Cette annonce a permis d'interrompre la série noire sur les Bourses asiatiques: Tokyo a rebondi de 1,05%, Séoul de 0,27%. Hong Kong a gagné 2,34% et Shanghai 0,91%. A Sydney, le rebond s'est poursuivi (+2,6%).

L'euro a nettement baissé face au billet vert, à 1,4183 dollar.

Les placements financiers considérés comme sûrs restaient très prisés mercredi. L'once d'or a ainsi atteint un nouveau record à 1.772 dollars, tandis que le franc suisse, autre valeur refuge s'est rapproché de la parité à 1,0344 franc suisse pour un euro.

Plus de 900 milliards d'euros sont partis en fumée en Bourse en deux jours -les 5 et 8 août - aux Etats-Unis et en Europe, selon les estimations des analystes de Dexia Securities, la filiale de courtage de la banque franco-belge Dexia.

D'après eux, sur sept mois, ce sont environ 3.400 milliards d'euros de capitalisation boursière qui se sont évaporés, ce qui représente près d'un tiers du Produit intérieur brut des Etats-Unis (14.500 milliards de dollars).