UE: la Pologne prend les commandes en posant ses conditions sur l’euro

 La Pologne a pris vendredi les rênes de l'Union européenne pour six mois en conditionnant son entrée dans l'euro à un règlement durable de la crise de la dette et en exigeant de pouvoir participer aux conclaves des pays de la seule Union monétaire.Bien qu'encore non membre de la zone euro, la Pologne a l'ambition d'être active et ne pas se laisser marginaliser dans les discussions en cours sur l'avenir de la monnaie commune, contrairement à la Hongrie qui l'a précédée à la tête des Vingt-Sept. Budapest a été rapidement éclipsé sur ces dossiers.

Les événements survenus dans la zone euro n'ont pas découragé la Pologne d'adopter la monnaie commune, a assuré son Premier ministre Donald Tusk à un groupe de journalistes étrangers vendredi.

Mais il a conditionné l'adhésion de son pays à un durcissement réel de la discipline budgétaire commune, afin de tirer les leçons de la crise de l'endettement excessif en Grèce et ailleurs, qui constitue "un des moments les plus difficiles" de l'histoire de l'UE.

"Nous adhèrerons (à l'euro) lorsque nous respecterons les critères" exigés "et quand nous aurons un système qui fasse appliquer de manière permanente ces critères" dans la zone euro, a-t-il martelé. "C'est le seul moyen d'être persuadé que ces critères sont dignes de confiance", a prévenu M. Tusk.

Or, "aujourd'hui, il y a moins d'Etats membres qui ont respecté le Pacte de stabilité que d'Etats qui l'ont violé", a-t-il déploré.

En tant que présidente des Vingt-Sept, la Pologne aura la responsabilité d'animer les réunions des ministres des Finances de l'ensemble des pays de l'UE. En théorie, Varsovie n'a pas le droit en revanche d'assister à celles des seuls 17 pays de la zone euro, présidées par Jean-Claude Juncker, où se décide le sort de la Grèce notamment.

Mais le pays a exigé malgré tout d'en être. M. Tusk a fait état d'une "réunion assez violente" à ce sujet avec ses partenaires.

"On nous a dit que la zone euro a le droit de se réunir de manière indépendante", a-t-il expliqué. Mais "je vais continuer à dire à mes partenaires européens que parce que nous assurons la présidence, afin d'être informés, nous devrions participer aux réunions de la zone euro", a-t-il souligné.

Ces explications orageuses ont fini par porter leurs fruits. "M. Juncker a invité le ministre polonais des Finances, Jacek Rostowski, à participer à l'Eurogroupe", a indiqué à l'AFP son porte-parole, Guy Schuller.

La prochaine réunion de ce forum devait avoir lieu dimanche sur la Grèce. Elle a finalement été avancée à samedi et transformée en simple conférence par téléphone.

La Pologne a bien l'intention pendant sa présidence de marquer son empreinte et d'être acceptée au rang de grand pays au sein de l'Union européenne.

M. Tusk a promis d'oeuvrer au renforcement au sein de l'UE du rôle des institutions européennes à Bruxelles comme la Commission, reléguée aujourd'hui au second plan par l'Allemagne et la France qui donnent le ton dans la gestion de la crise de la dette.

A ses yeux, il n'y a rien d'anormal à ce que Paris et Berlin travaillent en tandem dans l'UE mais il faut s'assurer que les pays les plus puissants "n'exercent pas leur force de manière excessive" en imposant "brutalement" leur position aux autres.

Vingt ans jour pour jour après la dissolution du pacte de Varsovie, la Pologne devient le quatrième pays ex-communiste à assurer la présidence de l'UE, après la République tchèque en 2009, la Slovénie en 2008 et la Hongrie au cours du semestre écoulé. Un grand concert d'ouverture est prévu vendredi soir à Varsovie.