Tabac: fabricants et buralistes exigent des mesures contre le marché parallèle

 Fabricants de cigarettes et buralistes ont immédiatement exigé du gouvernement français des mesures contre la contrebande pour protéger leur secteur qu'ils voient menacé après l'annonce mercredi par le gouvernement d'une nouvelle augmentation des taxes."J'en appelle à François Fillon pour qu'il renforce les contrôles afin de lutter contre le marché parallèle", a lancé Pascal Montredon, le président de la Confédération des buralistes, à l'unisson avec le cigarettier British American Tobacco (BAT).

La dernière augmentation du prix des cigarettes et du tabac remontait à novembre 2010 et était de 6% en moyenne, comme déjà l'année précédente. Une autre augmentation était attendue cette année par les professionnels dans le cadre du plan anti-cancer présenté fin 2009 par le président de la République.

"On ne peut pas parler d'une augmentation du prix du tabac de 6% quand on sait que 20% environ de la consommation totale du tabac échappe au réseau des buralistes", s'est insurgé M. Montredon.

Selon plusieurs études, une cigarette sur cinq fumée en France provient du marché parallèle. 50% de ce marché provient des achats transfrontaliers ou aux achats en vacances à l'étranger, 30 à 35% sont liés aux réseaux mafieux et un peu plus de 15% aux ventes sur internet, selon des estimations des buralistes.

"Avant 2003, on estimait le marché parallèle à 2-3%. Aujourd'hui on parle de 20% et en 2012, on parlera de 25%?", s'est interrogé Pascal Montredon. Selon lui en effet, "les consommateurs vont tout faire pour trouver ailleurs des cigarettes moins chères", en soulignant que la France "est un des pays où le tabac est le plus cher en Europe".

Le gouvernement a qualifié pour sa part ces hausses de "signal fort" en matière de renforcement de la lutte contre le tabagisme.

L'Etat estime que la mesure va rapporter 90 millions d'euros de recettes supplémentaires en 2011 à la Sécurité sociale et 600 millions en 2012.

Pour Yves Trévilly, porte-parole de la filiale française de BAT, numéro deux mondial du secteur (marques Rothmans, Peter Stuyvesant, Dunhill, Lucky Strike...), si l'Etat veut récupérer effectivement cette manne, il doit "multiplier les contrôles aux frontières pour que on n'ait pas une fuite des achats dans les pays étrangers".

Concrètement, "6% c'est 30 centimes de plus sur un paquet de cigarettes. Cela veut dire que le prix le plus bas va passer à 5,70 euros", a également expliqué M. Trévilly.

Pour M. Montredon, il faut aussi "garantir également l'équilibre économique" des buralistes, dont 5.000 ont fermé leurs portes depuis 2003. Il en reste 28.000 actuellement dans le pays, selon lui.

Début août, le président de la Confédération des buralistes se déclarait "las" que la profession soit montrée du doigt par des pouvoirs publics avec la signature d'une circulaire visant à renforcer les contrôles sur l'interdiction de la vente de tabac aux mineurs.

Il regrettait alors que les buralistes soient "fliqués" alors que "les contrebandiers bénéficient d'impunité" puisque les contrôles, notamment aux frontières, ne font pas l'objet d'une circulaire visant à les renforcer, contrairement aux buralistes.