Standard and Poor’s abaisse à son tour la note de Chypre

 L'agence de notation Standard and Poor's a à son tour abaissé vendredi la note de Chypre en raison des inquiétudes sur la situation économique et budgétaire de ce pays, suivant l'exemple de sa consoeur Moody's qui avait fait de même mercredi.Standard and Poor's a fait passer la note à "BBB+" contre "A-" précédemment et l'a assortie d'une perspective négative en raison des effets à long terme sur l'économie de la récente destruction de la principale centrale électrique de Chypre et de la crise gouvernementale qui a suivi.

"En dépit des négociations en cours sur des mesures de consolidation budgétaire, nous estimons que le gouvernement chypriote va avoir de la peine à respecter son objectif d'un déficit budgétaire général de moins de 4% du produit intérieur brut en 2011 et de moins de 2% en 2012", souligne S&P.

"En conséquence, cela va aggraver le fardeau de la dette qui devrait être de 80% du PIB fin 2011", ajoute l'agence de notation.

"Une telle augmentation de la dette va très vraisemblablement réduire la capacité du gouvernement à éventuellement soutenir les banques du pays qui à notre avis sont vulnérables à une restructuration potentielle de la dette grecque", souligne-t-on de même source.

"De plus, l'explosion de la centrale de Vasilikos va, de manière directe et indirecte, retirer des points de croissance en raison d'une consommation d'énergie plus faible et d'importations plus importantes", souligne S&P.

L'explosion le 11 juillet d'une cargaison d'armes sur une base navale chypriote, qui a fait 13 morts, a détruit la principale centrale électrique du pays. Celle-ci produisait 60% de l'électricité de la République de Chypre, qui couvre les deux tiers de l'île, le tiers restant étant sous occupation turque depuis 1974.

Cet accident a provoqué une crise gouvernementale en raison du mécontentement de la population. Le gouvernement chypriote à démissionné jeudi à la demande du président Démétris Christofias qui veut procéder à un remaniement.

Standard and Poor's rappelle qu'entre 2008 et 2010, le budget chypriote est passé d'un excédent de près de 1% du PIB à un déficit de 5,3% en raison en particulier des charges liées aux salaires du secteur public qui représentent à eux seuls 25% des dépenses de l'Etat.

"Les perspectives de faire adopter par le parlement des réductions de salaires et avantages sociaux sont incertaines, en raison de l'influence des syndicats du secteur public", ajoute-t-on de même source.

S&P rappelle que les prêts des banques chypriotes à des clients grecs et leurs avoirs en obligations et en titres de dette émis par la Grèce représentent 160% du PIB chypriote et que les prêts des banques chypriotes et des filiales de banques étrangères, notamment russes et grecques, aux ménages et entreprises chypriotes représentent 280% du PIB.

"Même si le système bancaire chypriote est à notre avis bien capitalisé, nous nous attendons à ce que ses pertes liées à son exposition à la dette de la Grèce et à celle des banques grecques puissent réduire leurs niveaux actuels de capitalisation", indique l'agence de notation.

"Nous ne prévoyons pas que le gouvernement chypriote ait besoin de recapitaliser les banques dans un avenir proche, mais les incertitudes liées à l'environnement extérieur augmentent les risques d'une telle éventualité", ajoute-t-elle.