Scandale des écoutes: S&P met sous surveillance la note de News Corp

 L'agence d'évaluation financière Standard & Poor's a annoncé lundi qu'elle envisageait d'abaisser la note de l'empire des médias du magnat australo-américain Rupert Murdoch News Corp, actuellement à BBB+, en raison du scandale des écoutes en Grande-Bretagne.La décision de Standard and Poor's "reflète l'augmentation des risques associés aux activités et à la réputation (du groupe) alors que les poursuites judiciaires s'étendent", indique l'agence dans un communiqué.

"La procédure judiciaire en Grande-Bretagne s'est amplifiée et les pressions provenant de parlementaires américains pour une enquête du FBI sont devenues plus intenses", ajoute S&P.

Le scandale des écoutes a déjà conduit à une dizaine d'arrestations en Grande-Bretagne, notamment celle de l'ancienne directrice générale de la branche britannique de News Corp, Rebekah Brooks.

La police fédérale américaine a parallèlement annoncé le 14 juillet avoir lancé une enquête sur des écoutes téléphoniques qui auraient pu être menées par News Corp aux Etats-Unis.

Ces faits, ainsi que "d'autres développements récents, augmentent les risques liés à la réputation, à la gestion et aux procédures judiciaires auxquels News Corp et ses filiales font actuellement face", estime Michael Altberg, analyste à S&P, cité dans le communiqué.

Pour S&P, la catégorie BBB à laquelle est actuellement rattaché le groupe de médias correspond à une "note attribuée aux émetteurs de qualité moyenne mais en mesure de faire face à leurs obligations de manière adéquate".

L'agence de notation relève aussi à l'appui de sa décision "les démissions (vendredi) des directeurs de News International (Rebekah Brooks) et de Dow Jones (Les Hinton)" et "la convocation de plusieurs dirigeants pour une audition par le Parlement le 19 juillet".

Le journal News of the World, qui a fermé dimanche dernier, est soupçonné d'avoir fait placé illégalement sous écoute quelque 4.000 personnalités de tous horizons.

Rupert Murdoch, son fils James, numéro 3 du groupe chargé de l'Europe-Asie, et Rebekah Brooks, ont été invités à répondre mardi aux questions des dix députés de la commission des médias à la chambre des Communes.

News Corp a aussi dû renoncer à son projet phare de rachat de la totalité de la chaîne satellitaire BSkyB, en butte à un véto de l'ensemble des partis politiques.

"Toute condamnation judiciaire peut affecter de façon importante la réputation de l'entreprise, ce qui peut être plus dommageable que toute pénalité financière", note l'agence de notation.

Elle reconnaît que "la large palette des activités du groupe et sa solidité financière" lui permettraient de "faire face à la plupart des scénarios" s'il devait verser des amendes.

Mais l'atteinte à la réputation peut "faire fuir des clients actuels ou futurs, faire perdre des opportunités (la fermeture d'une publication bénéficiaire ou l'abandon d'une tentative de la compagnie de prendre le contrôle de la plus grande chaîne de télévision payante au Royaume-Uni) et détourner l'attention des dirigeants".

S&P mentionne aussi des "risques financiers" liés à une éventuelle baisse importante du cours de l'action, qui pourrait conduire la direction à aller "au-delà de son programme de rachat de titres de 5 milliards sur douze mois" annoncé le 12 juillet.

L'action de News Corp a encore perdu 4,32% lundi à la Bourse de New York, à 14,97 dollars.