Sauvetage de la Grèce: la BCE recule, par pragmatisme

 La Banque centrale européenne (BCE) s'est finalement résolue à un défaut de paiement partiel de la Grèce après l'avoir longtemps combattu, une volte-face que les experts interprètent comme une preuve de son pragmatisme et de sa volonté de préserver la zone euro."Il était quasiment impossible d'éviter le défaut et la BCE l'a admis aussi", constate Gilles Moëc, de Deutsche Bank.

Pour l'économiste, le président de l'institution monétaire Jean-Claude Trichet, peu sensible aux critiques, est prêt à bien des revirements "pour le bien de l'union monétaire". Il a agi en "homme d'Etat" et "s'est révélé dans cette crise", juge-t-il.

Le Français s'est fermement opposé des semaines durant à tout mécanisme d'aide pour la Grèce qui conduise à un défaut, même partiel, de ce pays. C'est pourtant bien ce à quoi pourrait aboutir l'accord trouvé jeudi soir à l'issue d'un énième sommet de la zone euro sur la dette grecque.

Le nouveau plan d'aide n'entraînera pas un "événement de crédit", soit l'activation des contrats d'assurance contre le risque de défaillance ou CDS en jargon financier, a-t-il assuré lors d'une conférence de presse à Bruxelles, sans exclure en revanche un défaut de paiement partiel du pays.

"Nous faisons valoir nos arguments, nous ne sommes pas toujours entendus", a reconnu M. Trichet, qui avait rencontré la veille au soir à Berlin la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy pour défendre sa position.

Mais la BCE a aussi motif à satisfaction.

La participation du secteur privé au nouveau plan de sauvetage d'un montant total de 158 milliards d'euros, voulue notamment par Berlin, est limitée à ce seul pays. Ensuite, le Fonds européen de stabilité financière (FESF), mis en place l'an dernier pour prêter aux Etats en difficulté de la zone euro, va pouvoir racheter de la dette grecque sur le marché secondaire.

Jusqu'ici, la BCE était seule en charge de racheter de la dette pour soulager les Etats exsangues. Elle avait accepté cette tâche au printemps 2010, sans entrain mais avec le sens du devoir, selon une source proche de l'institution. Depuis quatre mois, elle avait toutefois cessé ses interventions programme, renvoyant la balle dans le camp des politiques.

Selon des diplomates, le FESF va en outre garantir les titres grecs, afin que la BCE continue de les accepter comme garantie aux prêts qu'elle accorde aux banques pendant le laps de temps où Athènes pourrait être considérée en défaut partiel par les agences de notation.

"En apparence, la BCE cède, mais je pense qu'elle a joué un rôle dominant dans les négociations", estime Marie Diron du cabinet Ernst and Young. "Elle a défendu une position ferme jusqu'au dernier moment face aux gouvernements pour qu'ils prennent leurs responsabilités (...) Et quand les gouvernements ont fait un pas, elle aussi" en a fait un, ajoute-t-elle.

Pour aller au bout de la logique qui voit les Etats membres faire face à leurs responsabilités, il faudrait aussi que le FESF participe à la recapitalisation des banques européennes, fait remarquer Gilles Moëc.

"La BCE ne peut pas continuer avec un système dans lequel elle offre des liquidités" à des banques sous-capitalisées, estime-t-il.

Conséquence des décisions de jeudi, l'institution va aussi sans doute devoir repenser sa politique monétaire. Engagée dans un mouvement à la hausse de ses taux d'intérêt depuis avril pour contrer une inflation installée au-dessus de son seuil de tolérance de 2%, elle pourrait retarder le prochain tour de vis attendu en octobre à 2012, note Howard Archer, chef économiste chez IHS Global Insight.

"Les risques d'inflation sont bien moindres que ceux induits par un échec du processus (de sauvetage). On pourrait retomber en récession", met en garde Marie Diron.