Pétrole libyen: le marché mise sur une reprise progressive des exportations

 La Libye de l'après-Kadhafi devrait connaître une reprise progressive de ses exportations de pétrole, quasiment interrompues depuis six mois, mais il faudra du temps avant que le pays ne retrouve son niveau de production d'avant le conflit, estiment des analystes.L'avancée victorieuse dans Tripoli des forces hostiles au colonel Mouammar Kadhafi a surpris les investisseurs, qui évaluent désormais les perspectives d'une relance prochaine de l'industrie pétrolière du pays, au point mort depuis le début du conflit en février.

Avec le succès des rebelles, "un volume substantiel de pétrole libyen pourrait revenir progressivement sur le marché mondial dans les prochains mois", a souligné Filip Petersson, analyste de la banque SEB.

"Si un gouvernement crédible se met rapidement en place, et en fonction des dommages subis par les infrastructures pétrolières, on pourrait envisager un retour à la normale de la production libyenne dans six mois", a estimé de son côté Manouchechr Takin, expert du Centre d'études énergétiques (CGES) à Londres.

La production de la Libye, qui s'élevait à 1,6 million de barils de brut par jour (mbj) en janvier, soit environ 2% de l'offre mondiale, s'était effondrée les mois suivants et ne représentait plus que 60.000 barils quotidiens en juillet, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

La reprise de la production "peut aller vite", si un régime de transition est rapidement installé, ce qui ouvrirait la voie à des exportations "de l'ordre de 0,2 à 0,7 mbj" d'ici à la fin de l'année, a relevé Guy Maisonnier, ingénieur à l'institut de recherche français IFP Energies nouvelles. Mais il ne table sur un retour au niveau d'avant le conflit qu'en 2013.

La prudence restait en effet de mise parmi les experts, alors que nombre d'incertitudes subsistent aussi bien sur l'état des infrastructures que sur l'environnement politique à venir.

Alors que raffineries, ports et gisements pétroliers ont fait l'objet de violents affrontements entre les deux camps, "on ignore à quel point l'appareil de production est endommagé ; il est donc impossible dans ces conditions de déterminer quand il pourra être remis en marche", a ainsi tempéré Torbjorn Kjus, analyste de DnB NOR.

Par ailleurs, "la Libye aura absolument besoin de l'appui et de l'expérience des multinationales pétrolières, et les sociétés étrangères ne renverront leurs employés expatriés dans le pays que si les conditions de sécurité le permettent", a expliqué à l'AFP M. Takin.

La stabilité politique et la sécurisation des gisements est selon lui la condition sine qua non au retour des travailleurs étrangers du secteur, indispensable à une reprise significative de la production locale.

Or, "l'euphorie qui suivrait la chute de Kadhafi pourait bien être de courte durée", a renchéri M. Petersson, notant que "la guerre civile pourrait bien continuer" après le renversement du colonel, susceptible de faire renaître tensions et rivalités entre les différentes régions du pays.

La réaction contrastée des marchés pétroliers lundi, entre repli modéré à Londres et légère hausse à New York, reflétait la prudence des opérateurs.

Le brut libyen, léger et pauvre en soufre, est très prisé par les raffineurs européens, et son absence avait alimenté au printemps l'envolée des prix du baril, montés jusqu'à près de 130 dollars à Londres en avril.

Il est "peu probable" qu'une baisse des prix imputable au retour de l'offre libyenne intervienne sur les marchés avant que la reprise des exportations ne se concrétise, a indiqué M. Petersson à l'AFP.

D'autant plus que la désintégration du régime du colonel Kadhafi arrive à un moment où le brut libyen est devenu moins crucial pour le marché mondial, où la demande pétrolière a déjà sensiblement ralenti depuis le printemps sous le coup d'une croissance économique en berne aux Etats-Unis comme en Europe.