Nucléaire: EDFannonce deux ans de retard supplémentaires pour l’EPR de Flamanville

 Le réacteur EPR de Flamanville (Manche) devrait être mis en service en 2016, avec deux ans de retard supplémentaires sur le calendrier initial, a annoncé mercredi EDF, qui évoque désormais un coût total de 6 milliards d'euros, soit près de double des estimations initiales.Initialement, l'EPR de Flamanville devait démarrer en 2012 et coûter 3,3 milliards d'euros. Dorénavant, EDF évoque dans un communiqué "un projet actualisé de l'ordre de 6 milliards d'euros" et souligne que le groupe "commercialisera les premiers kilowattheures produits par l'EPR de Flamanville en 2016".

"Ce retard est lié à des raisons tant structurelles que conjoncturelles. Flamanville 3 est la première centrale nucléaire construite en France depuis 15 ans. C?est également le premier EPR. En termes de maîtrise industrielle, EDF a dû revoir son appréciation de l?ampleur des travaux à mener, notamment en matière de génie civil", explique l'électricien.

En outre, rappelle le groupe, le chantier a été frappé par deux accidents graves au cours des derniers mois, "dont un qui a partiellement suspendu les travaux de génie civil pendant de nombreuses semaines".

Un salarié de 32 ans est décédé le 11 juin sur le chantier de Flamanville. Après la mort, le 24 janvier, d'un autre salarié de 37 ans, une enquête de flagrance pour "homicide involontaire" avait été ouverte par le procureur de Cherbourg.

EDF évoque enfin pour justifier ce nouveau retard les analyses qui doivent être menées dans le cadre des audits lancés après la catastrophe de Fukushima au Japon. Celles-ci seront soumises à l'Autorité de sûreté nucléaire en septembre, promet le groupe.

"Nous sommes confrontés à des exigences exceptionnelles sur ce grand chantier et nous avons dû reconstituer un tissu industriel adapté nous permettant de mener ce projet ambitieux", expliquent également Hervé Machenaud, directeur exécutif groupe en charge de la production et de l?ingénierie d?EDF et Philippe Bonnave, directeur général délégué de Bouygues Construction, qui pilote le génie civil sur le chantier.

"C?est ce qui nous conduit à instaurer dès aujourd?hui une nouvelle organisation du chantier", ajoutent-ils.

De fait, EDF annonce par ailleurs une nouvelle organisation avec ses partenaires, passant notamment par "un nouveau calendrier industriel fiabilisé", "l'instauration de nouvelles pratiques dans le pilotage et la conduite du chantier" ou "le renforcement des exigences en matière de sûreté et de préparation des interventions".

"La réussite de l?EPR Flamanville est un enjeu majeur pour le savoir-faire de l'industrie nucléaire. Nous allons continuer à travailler ensemble sur le retour d'expérience des premiers chantiers EPR afin d'en faire bénéficier les futures constructions dans le monde", poursuivent M. Machenaud et Claude Jaouen, directeur des activités réacteurs et services d?Areva, concepteur de l'EPR.

Dans un contexte bouleversé par la catastrophe de Fukushima au Japon, la réussite de l'EPR revêt d'autant plus d'importance pour la filière nucléaire française.

L'échec d'un consortium français portant l'EPR dans un gigantesque appel d'offres à 20 milliards de dollars à Abou Dhabi fin 2009 avait déjà été un coup dur pour ce réacteur de 3e génération.

L'échec d'Abou Dhabi avait suscité des questions sur l'EPR, au coeur de la stratégie d'exportation de la filière nucléaire française. Notamment sur son coût élevé, justifié par le concepteur Areva par des critères de sûreté très élevés, ou sur sa puissance (1.650 mégawatts), trop importante pour le réseau électrique de certains clients potentiels.

L'accumulation de retards et de surcoûts sur les deux premiers chantiers EPR, à Flamanville et à Olikluoto en Finlande --un chantier mené par Areva--, suscite également des inquiétudes, même si EDF et Areva s'attachent à rappeler fréquemment la difficulté à construire pour la première fois un tel réacteur.