Les Portugais ont voulu donner une chance aux réformes, même au prix fort

 En choisissant pour Premier ministre Pedro Passos Coelho, un libéral centriste qui a promis d'aller "au delà" des exigences de l'UE et du FMI, les Portugais ont voulu donner une chance aux réformes pour sortir de la crise, quitte à en payer le prix fort.Pour la politologue Marina Costa Lobo, "cette victoire de la droite traduit une attitude de réalisme, de pragmatisme, voire un certain optimisme de la part des Portugais".

"La droite va devoir appliquer un programme difficile mais, selon les sondages, une très large majorité de Portugais juge que le programme de la +troïka+ (UE, FMI, BCE) sera positif pour le pays", souligne-t-elle.

Selon les résultats quasi-complets des législatives anticipées de dimanche, plus de 78% des électeurs ont voté pour les trois principaux partis qui se sont tous engagés à respecter scrupuleusement le plan de sauvetage financier international.

"Les Portugais ont donné leur aval à Pedro Passos Coelho et donc à l'austérité, commente le sociologue Manuel Villaverde Cabral. Mais cette austérité, on peut aussi l'appeler +programme de réformes+, +amaigrissement de l'Etat+ ou simplement +vivre selon ses moyens".

"Les gens espèrent qu'en changeant de vie, les choses finiront par aller mieux", poursuit le chercheur qui prévient toutefois que les Portugais "n'ont encore rien vu" en matière de réforme budgétaire, en dépit des trois plans d'austérité adoptés l'an dernier par le gouvernement socialiste de José Socrates, et qui "ciblaient essentiellement les fonctionnaires".

"Pedro Passos Coelho a choisi le chemin le plus dur pour remporter les élections car il a présenté un plan et des mesures, certaines d'entre elles difficiles et polémiques. Il a mérité de gagner", écrivait lundi dans un éditorial Antonio Costa, directeur du Diario Economico.

Fort d'une large majorité parlementaire, grâce à l'apppui du parti de droite CDS-PP, le chef du futur gouvernement avait estimé dimanche soir que sa victoire démontrait "une volonté de changement, une volonté d'ouvrir une fenêtre d'espérance".

"J'ai espoir en Passos Coelho. C'est un homme droit qui n'a rien promis", confie Carlos Gomes, 81 ans, s'emportant contre les "mensonges" du gouvernement socialiste.

"J'espère qu'il sera capable d'appliquer l'accord et de remettre les comptes publics en ordre", disait Joao, un médecin de 25 ans. "Comme tous les fonctionnaires, je souffre déjà de l'austérité mais on peut pas changer l'accord du FMI. C'est comme ça", ajoutait-il, fataliste.

Comme Joao, beaucoup d'électeurs ont voté sans enthousiasme. Et plus de 41% d'entre eux ne se sont pas déplacés, ce qui constitue un record historique pour des législatives.

Pour Marina Costa Lobo, "la faible mobilisation était attendue, notamment parce que le programme de gouvernement était dans une large mesure déjà défini par l'accord conclu avec la +troïka+".

"L'abstention a surtout été forte parmi les électeurs de gauche qui ne voulaient pas voter Socrates mais qui n'ont pas voulu choisir ailleurs", relève-t-elle. La déroute du Parti socialiste, qui a enregistré son pire score depuis 20 ans, n'a en effet pas profité à la gauche antilibérale, opposée à l'intervention internationale.

"Cela traduit aussi, sans aucun doute, une désillusion par rapport au fonctionnement des partis politiques et un scepticisme quant aux réelles différences entre les partis de gouvernment", estime pour sa part le politologue Antonio Costa Pinto.

"C'est aussi une certaine forme de protestation, malheureusement passive", dit-il.