Les Bourses toujours moroses, plombées par la crise de la dette

 Les Bourses européennes, déjà très nerveuses, ont accusé le coup vendredi après la menace de Moody's d'abaisser la note de la dette espagnole, qui relance les craintes sur la crise de la dette en zone euro."Rien n'est là pour rassurer les marchés. Il s'agit d'une crise de confiance, les investisseurs sont désemparés et ne savent plus quoi faire alors ils vendent", résume Xavier de Villepion, vendeur d'actions chez Global Equities.

L'agence de notation Moody's a menacé vendredi d'abaisser d'un cran la note de la dette espagnole, actuellement à "Aa2", évoquant "une vulnérabilité croissante à la tension du marché".

L'agence estime que la pression sur Madrid pourrait être exacerbée par l'accord européen d'aide à la Grèce, qui a "créé un précédent" en impliquant le secteur privé et marqué un accroissement du risque pour les investisseurs détenteurs d'obligations de pays fragiles de la zone euro.

"Il s'agit d'une très mauvaise nouvelle. On s'attendait à ce que les agences de notation continuent à mettre la pression sur la Grèce, mais on pensait que les autres pays comme le Portugal, l'Italie ou l'Espagne allaient enfin un peu respirer", a commenté un analyste parisien.

La Bourse de Paris a terminé en baisse de 1,07%, celle de Francfort a perdu 0,44%, Londres 0,99% et Madrid 0,27%. Sur une semaine, elles ont perdu entre 2 et 5%.

Cet avertissement replonge les marchés dans les tourments de la crise de la dette qui les fait tanguer depuis des mois, alors qu'ils avaient retrouvé un peu d'optimisme après l'adoption d'un nouveau plan d'aide à la Grèce la semaine dernière.

A ce contexte déjà difficile sont venus s'ajouter les chiffres de la croissance américaine, largement inférieurs aux attentes: elle a très nettement ralenti en 2011, pour s'établir à 1,3% en rythme annuel au deuxième trimestre, là où les économistes tablaient sur 1,8%.

En outre, républicains et démocrates n'arrivent toujours pas à s'entendre sur un relèvement du plafond de la dette américaine alors qu'approche la date butoir du 2 août, après laquelle le pays pourrait se retrouver en défaut de paiement.

Le président américain Barack Obama a de nouveau exhorté vendredi républicains et démocrates à trouver un compromis: "Nous n'avons presque plus de temps", a-t-il averti, au lendemain du report d'un vote à la Chambre des représentants.

La Bourse de New York évoluait en dents de scie: le Dow Jones cédait 0,52% et le Nasdaq 0,11% vers 16h15 GMT.

"Le président met la pression, le marché réalise qu'on se dirige vers un accord de dernière minute peut-être dimanche, avant l'ouverture des places asiatiques", a commenté Peter Cardillo, d'Avalon Partners.

Les incertitudes des deux côtés de l'Atlantique poussaient les investisseurs vers les valeurs refuge comme l'or, qui atteignait de nouveaux sommets à plus de 1.630 dollars l'once, et le franc suisse qui battait des records.

Face à un dollar plombé par les chiffres du PIB américain, l'euro remontait: vers 16H15 GMT, la devise européenne valait 1,4397 dollar contre 1,4324 dollar jeudi soir.

Autre signe d'une défiance des investisseurs qui se généralise, les taux des obligations des pays fragiles de la zone euro ont encore progressé, leur imposant des coûts de financement astronomiques. L'Espagne a vu ses taux à dix ans repasser au-dessus des 6%.

En Asie, Tokyo a reculé de 0,69%, Hong Kong de 0,58% et Shanghai de 0,26%.