Les Bourses temporisent avant le sommet Sarkozy-Merkel

 Les Bourses mondiales sont timidement reparties à la hausse lundi à la veille d'un sommet de crise entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel destiné à apaiser le climat de défiance autour de la dette des Etats."Il ne faut pas se tromper, les marchés restent nerveux", a prévenu Frédéric Rozier, analyste de Meeschaert Gestion Privée.

Après avoir encaissé la dégradation du triple A américain et frôlé le krach en milieu de semaine, les marchés remontaient doucement la pente lundi dans le sillage de Tokyo qui a clos sa journée sur une poussée de 1,37% et de Hong Kong qui s'est envolé de 3,26%.

A 14H00 GMT, dans une journée marquée par de faibles volumes d'échanges et la fermeture d'Athènes et de Milan pour cause de jour férié, Francfort gagnait 1,21%, Paris 1%, et Londres 0,78%. Après avoir basculé dans le rouge dans la matinée, Madrid progressait de 0,67%.

Portée par une salve de fusions-acquisitions, la Bourse de New York confirmait elle aussi son rebond de la fin de semaine dernière: le Dow Jones gagnait 1,24%, le Nasdaq 1,16%.

Succédant au vent de panique qui a soufflé sur les places financières, cette légère embellie n'a pas totalement dissipé les doutes et inquiétudes suscités par l'endettement massif des Etats industrialisés.

Preuve de la fragilité de la zone euro, la Banque centrale européenne a, pour la première fois depuis cinq mois, racheté la semaine dernière pour 22 milliards d'euros d'obligations publiques afin de soutenir l'Italie et l'Espagne.

"Les marchés sont très nerveux", a commenté lundi le commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn, ajoutant toutefois qu'il ne s'attendait "pas à une crise comme celle de Lehman", en référence à la faillite de la banque américaine en septembre 2008 qui a précipité le monde dans la crise.

Le président de la Banque Mondiale Robert Zoellick avait néanmoins averti samedi que l'économie mondiale était entrée dans une "nouvelle tempête".

Dans ce climat de fébrilité, la rencontre prévue mardi à l'Elysée entre le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel attire tous les regards même si la portée de ce mini-sommet a d'ores et déjà été relativisée outre-Rhin.

Le porte-parole de la chancelière Steffen Seibert a affirmé lundi qu'il ne fallait "rien attendre de spectaculaire" de la réunion de mardi et que la question des euro-obligations n'y jouerait "aucun rôle".

L'Elysée a aussitôt confirmé que ces obligations, réclamées en choeur par plusieurs dirigeants européens, ne figuraient pas "à l'ordre du jour" des discussions.

Ce mini-sommet, même s'il ne débouchait pas sur des mesures concrètes, pourrait toutefois envoyer un message de cohésion aux marchés, estimaient certains analystes.

"C'est utile de voir ces deux chefs d'Etat ensemble à la manoeuvre alors que l'Europe est souvent vue comme une zone de cacophonie", jugeait Bertrand Lamielle, analyste chez BNP Paribas.

D'autres investisseurs se raccrochaient par ailleurs à quelques signes positifs venus récemment de deux pays de la zone euro dans le collimateur des marchés.

Plombée par les déficits, l'Italie a adopté vendredi un plan de rigueur de 45 milliards d'euros et promis un retour à l'équilibre dès 2013 au lieu de 2014.

De son côté, le gouvernement français, inquiet d'une possible dégradation de son triple A, prépare pour le 24 août une série de mesures d'économies qui devraient porter sur plusieurs milliards d'euros, en rabotant notamment les niches fiscales.

"Même s'ils restent insuffisants, ce sont deux pas dans la bonne direction", a commenté François Duhen, de CMC-CIC Securities.

L'arrière-plan économique semble, lui, toujours aussi morose. Dans sa note mensuelle publiée dimanche, l'Institut de la finance internationale (IIF), fait ainsi part de son pessimisme pour 2011.

Selon cette association d'institutions financières, principal lobby mondial des banques, les responsables politiques pourraient "freiner une croissance déjà fragile", faute notamment d'avoir remédié à certaines "faiblesses institutionnelles".

Porté par l'optimisme des marchés, l'euro accélérait sa hausse face au billet vert, s'échangeant à 1,4445 dollar.