Les Bourses nerveuses, le spectre d’une récession plane

 Les Bourses mondiales restaient fébriles vendredi, victimes d'un regain d'inquiétudes sur la solidité du secteur bancaire européen et de craintes récurrentes d'un retour de la récession aux Etats-Unis."Les investisseurs se montrent de plus en plus convaincus que le ralentissement de l'économie mondiale est plus fort et plus durable qu'ils le pensaient jusque-là", a souligné Christian Parisot, économiste chez le courtier Aurel BGC.

Les investisseurs craignent de revivre le scénario de la crise de 2008, avec une économie américaine en berne et des banques qui rechignent à se prêter de l'argent entre elles.

Les Bourses européennes, dans le sillage de Wall Street, tentaient tout de même de relever la tête, après avoir ouvert en nette baisse: vers 14H30 GMT, Paris cédait 0,26%, Francfort 0,71%, Londres 0,42%, Madrid 1,52% et Milan 1,08%.

A New York, le Dow Jones (+0,60%) et le Nasdaq (+1,30%) se sont hissés dans le vert après avoir débuté la séance dans le rouge.

Les perspectives économiques de plus en plus négatives établies par les analystes ne sont pas de nature à rassurer les investisseurs.

La banque d'affaires américaine JPMorgan Chase a ainsi abaissé vendredi sa prévision de croissance des Etats-Unis, pour la fin 2011 et le début de 2012, avertissant que les risques de récession restent "élevés".

Elle a imité son homologue Morgan Stanley, qui avait fait valoir jeudi qu'elle jugeait "les économies des Etats-Unis et de l'Europe dangereusement proches de la récession".

Plus optimiste, le Conference Board, institut de conjoncture réputé, a estimé jeudi qu'une croissance très lente était toujours au programme d'ici à la fin de l'année, ce qui est conforme à la vision de la Banque centrale américaine (Fed).

Mais les investisseurs préféraient s'attarder davantage sur les mauvaises nouvelles macro-économiques, qui témoignent d'une faible activité manufacturière et d'un secteur immobilier qui a du mal à redémarrer.

En Europe, le secteur bancaire tétanisait les marchés, alors que les signes traduisant les difficultés des banques à se financer se sont multipliés ces derniers jours.

La Banque centrale européenne s'est voulue rassurante vendredi.

Son économiste en chef Jürgen Stark a dit "prendre au sérieux" les signaux de tension sur le marché interbancaire européen avec des banques de la zone euro qui renâclent à se prêter entre elles.

Néanmoins, "la situation n'est pas comparable à celle de l'automne 2008 après la faillite de Lehman Brothers", la banque d'investissement américaine dont le dépôt de bilan en septembre 2008 avait déclenché la crise financière, a-t-il insisté.

Le Wall Street Journal avait ravivé les craintes jeudi en révélant que la Fed s'inquiétait de la capacité des filiales aux Etats-Unis de banques européennes à maintenir un niveau adéquat de liquidité.

Et l'annonce par la Banque centrale européenne d'un prêt, de 500 millions de dollars pour sept jours, à une banque européenne, pour la première fois depuis février, a renforcé les doutes des investisseurs.

La question des dettes en Europe, qui avait été reléguée au second plan ces derniers jours, a refait surface, avec la Grèce au centre des attentions.

De nouvelles incertitudes pèsent en effet sur le plan international de sauvetage de la Grèce pour lequel plusieurs pays contributeurs de la zone euro souhaitent qu'Athènes leur offre des garanties comme l'a déjà obtenu la Finlande le 16 août.

En vertu de cet accord passé entre les deux pays, la Grèce doit déposer dans les caisses de l'Etat finlandais une somme qui, ajoutée aux intérêts qu'elle produira, couvrira au bout du compte le montant du prêt garanti par la Finlande.

Et ce alors que le ministre grec des Finances, Evangélos Vénizélos, a prévenu vendredi que le Produit intérieur brut du pays pourrait chuter de plus de 4,5% en 2011, contre 3,8% prévu jusqu'à présent.

M. Vénizélos a également annoncé que le programme d'échange d'obligations prévu par le plan de sauvetage de la Grèce prenait plus de temps que prévu et ne serait pas bouclé avant "la première ou la deuxième semaine d'octobre".

L'Espagne, dans le collimateur des marchés, a adopté vendredi de nouvelles mesures anti-crise, dont une baisse de la TVA sur l'achat de logements neufs, une réforme de l'impôt sur les sociétés et l'obligation de recourir aux médicaments génériques.

Sur le marché de la dette, davantage prisé en période d'aversion au risque, les taux à 10 ans de l'Allemagne et de la France se stabilisaient, après avoir sensiblement reculé la veille.

Les taux des obligations américaines, allemandes et britanniques à même échéance avaient atteint leur plus bas niveau historique jeudi.

"Le marché obligataire est en train de constituer une bulle. Actuellement, prêter de l'argent au gouvernement, c'est payer un impôt, puisque cela rapporte moins que l'inflation. C'est mauvais pour l'épargne", a prévenu Gregori Volokhine, de Meeschaert Capital Markets.

Le prix de l'or, valeur refuge par excellence, grimpait fortement vendredi, se hissant pour la première fois au-dessus de 1.860 dollars l'once.

L'euro se stabilisait face au dollar, dans un marché toujours hésitant, mais reculait face au franc suisse, dont la flambée se poursuivait malgré les mesures prises mercredi par la Banque nationale suisse pour enrayer son envolée.

En Asie, la Bourse de Tokyo a achevé la semaine sur une nouvelle chute (-2,51%), aggravée par la cherté du yen, autre valeur refuge. Hong Kong (-3,08%), Shanghai (-0,98%) et Séoul (-6,22%) ont suivi la même tendance.