Les Bourses hésitantes au lendemain du sommet Merkel-Sarkozy

 Les Bourses mondiales se sont montrées hésitantes mercredi, au lendemain du mini-sommet franco-allemand destiné à apaiser les marchés, les investisseurs restant sceptiques quant aux mesures avancées pour enrayer la crise en zone euro."On attendait des mesures à court terme pour calmer les esprits et nous n'avons rien eu de ce côté-là", a regretté Frédérik Ducrozet, économiste pour Crédit Agricole CIB.

Le tandem Angela Merkel et Nicolas Sarkozy -- "Merkozy" selon leur surnom donné par les marchés -- avait cherché à rassurer les investisseurs en proposant notamment la création d'un gouvernement de la zone euro et l'adoption d'une règle d'or d'équilibre budgétaire par ses pays membres.

Mais les déclarations des deux dirigeants ont eu du mal à porter leurs fruits car les investisseurs espéraient davantage.

"Nous craignons que les investisseurs ne se contentent pas à court terme de ce cadre, qui doit par ailleurs être validé par tous les autres pays et qui n'apporte aucune réponse à court terme aux problématiques qui inquiètent les marchés", ont fait valoir les analystes de Barclays Bourse.

Après s'être progressivement redressées en cours de séance, les Bourses européennes ont réussi à clôturer en hausse pour la plupart. Paris a gagné 0,73%, Madrid 0,62% et Milan 1,27%. A l'inverse, Francfort a cédé 0,77% et Londres 0,49%.

A New York aussi la journée s'est finie sur une note mitigée: le Dow Jones a grignoté 0,04%, tandis que le Nasdaq a cédé 0,47%. Les valeurs technologiques ont pesé après la publication par le fabricant informatique Dell de prévisions financières décevantes.

Les valeurs des opérateurs boursiers ont souffert, plombées par l'idée d'une taxe sur les transactions financières au niveau européen avancée mardi par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. L'opérateur transatlantique NYSE Euronext a chuté de 4,74%, l'allemand Deutsche Börse de 4,97% et le London Stock Exchange de 2,81%.

Cette piste, épouvantail des marchés, est vivement contestée. Londres, haut lieu de la finance internationale, a réaffirmé qu'elle ne pouvait s'appliquer qu'à une échelle mondiale. Deutsche Börse a jugé qu'elle n'était "pas apte à accroître durablement la sécurité et l'intégrité des marchés financiers".

Malgré les critiques, les ministres des Finances français, François Baroin, et allemand, Wolfgang Schäuble, entendent faire des propositions concrètes sur cette taxe début septembre. Auparavant, ils ont prévu de se rencontrer "très prochainement" pour mettre en oeuvre les décisions prises mardi.

De façon inattendue, Paris et Berlin ont également lancé une nouvelle proposition mercredi, visant à suspendre le paiement des fonds structurels et de cohésion aux pays de la zone euro incapables de maîtriser leurs déficits budgétaires.

Si ce projet, qui figure dans un courrier adressé au président de l'Union européenne Herman Van Rompuy, est suivi d'effet, il pourrait notamment pénaliser les mauvais élèves de la zone euro comme la Grèce, le Portugal ou l'Irlande.

A l'inverse, l'Allemagne et la France ont écarté les mesures les plus attendues par les marchés: un renforcement du Fonds européen de stabilité financière (FESF) et la création d'euro-obligations.

En leur absence, "les inquiétudes des investisseurs ne vont probablement pas se dissiper de sitôt et la pression pourrait s'accroître à l'encontre des responsables européens", ont estimé les analystes du Crédit Agricole CIB.

Surtout que les inquiétudes sur la croissance en zone euro restent vives, après les mauvais chiffres publiés la veille.

Le Produit intérieur brut (PIB) de la zone euro n'a ainsi augmenté que de 0,2% au total au deuxième trimestre. L'Allemagne et la France ont respectivement vu leur activité nettement ralentir (+0,1%) et stagner sur cette période.

Sur ce point, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel avaient tenté de se montrer rassurants mardi, lors de leur conférence de presse commune à l'Elysée, affichant leur confiance quant aux perspectives économiques.

Outre-Atlantique, le président Barack Obama dévoilera un plan d'action pour relancer l'économie américaine et faire baisser le chômage dans un discours qu'il prononcera en septembre, a annoncé mercredi un haut responsable de l'administration.

Le vice-président américain Joe Biden a entamé une visite de cinq jours en Chine, principal créancier étranger du pays, afin de la rassurer sur la solidité financière des Etats-Unis, pointée du doigt avec la décision de l'agence Standard & Poor's de leur retirer sa note "AAA".

Reflet des inquiétudes, le cours de l'or, valeur refuge, a fini en hausse mercredi à Hong Kong et s'est rapproché de la barre des 1.800 dollars l'once.

Sur le marché des changes, l'euro a progressé face au billet vert, passant brièvement la barre de 1,45 dollar.

Le franc suisse grimpait face à la devise européenne, en dépit d'une série de mesures annoncées mercredi matin par la Banque nationale suisse pour enrayer l'envolée de la monnaie helvétique.

Et le marché européen de la dette a poursuivi sa détente mercredi, bénéficiant davantage des effets des rachats d'obligations d'Etat par la Banque centrale européenne que des annonces franco-allemandes.