Légumes: Poutine balaie les critiques sur l’embargo, sans égard pour l’OMC

 Le Premier ministre russe Vladimir Poutine a vertement rejeté vendredi les critiques visant l'embargo décrété par la Russie sur les légumes européens en raison de l'épidémie bactérienne, avertissant que son pays ne se laisserait pas dicter sa conduite au nom de son entrée dans l'OMC."Les représentants de la Commission européenne nous disent que cette décision de la Russie est contraire aux principes de l'Organisation mondiale du commerce (...), mais des gens meurent là-bas (en Europe) car ils consomment ces produits, et nous n'allons pas empoisonner nos gens au nom de quelconques principes", a lancé Vladimir Poutine.

"Nous attendons que nos partenaires européens déterminent la source de cette saleté", a-t-il ajouté, indiquant que la Russie attendait des informations de la Commission européenne pour réviser sa position.

"Ces concombres, après la consommation desquels des gens meurent, sentent vraiment mauvais", a ajouté le Premier ministre russe.

Le représentant de l'Union européenne en Russie, Fernando Valenzuela, avait peu auparavant mis en garde ce pays sur les dangers que faisait peser sur son adhésion à l'OMC l'embargo imposé jeudi sur les légumes frais de l'UE.

"C'est un peu surprenant de prendre des mesures qui vont dans la direction opposée" à une entrée à l'OMC, a-t-il déclaré.

"L'un des aspects de l'entrée dans l'OMC est une série de règles concernant les mesures sanitaires et phytosanitaires, et l'interdiction décidée par les autorités sanitaires de Russie ne respecte pas ces règles", a-t-il souligné.

L'embargo a été décrété jeudi en raison d'une épidémie causée par la bactérie E.coli (Eceh). Celle-ci a fait 18 morts en Europe, dont 17 en Allemagne.

La Russie a l'habitude de volontiers imposer des embargos sur les produits alimentaires étrangers en cas d'alerte sanitaire, comme en janvier lorsqu'elle avait décrété un embargo sur les porcs vivants et les volailles en provenance d'Allemagne, après des cas de contamination à la dioxine.

Pour Maria Lipman, de l'antenne du centre Carnegie à Moscou, la réaction du Premier ministre russe reflète l'exaspération de son pays vis-à-vis de l'OMC.

"Cette adhésion traîne depuis longtemps, et la volonté réelle de la Russie d'entrer dans l'OMC suscite des doutes", déclare-t-elle à l'AFP.

Les autorités russes ont déjà invoqué à plusieurs reprises des raisons sanitaires pour décréter des embargos à "des fins politiques", rappelle-t-elle.

La Russie a par exemple interdit les importations de vin et de brandy de Moldavie et de Géorgie, lorsque ses relations se sont détériorées avec ces deux Etats.

L'entrée de la Russie dans l'OMC est un serpent de mer. Dernière puissance économique à ne pas en être membre, elle a ouvert des négociations en 1993.

Son adhésion a notamment été remise en cause par les Etats-Unis en août 2008 à la suite de l'intervention militaire russe en Géorgie. Puis les discussions ont pris du retard quand la Russie a annoncé son intention de présenter une candidature commune avec le Bélarus et le Kazakhstan, auxquels elle est associée au sein d'une union douanière. Moscou est revenu depuis sur cette proposition.

Les pourparlers se sont toutefois récemment accélérés, la Russie ayant obtenu en octobre l'aval des Etats-Unis, puis finalisé un accord avec l'Union européenne en décembre.

Officiellement, la procédure est en bonne voie. Mais en avril, M. Poutine avait "ordonné" aux Russes de ne remplir aucune des conditions de l'organisation, tant que la Russie n'en serait pas un membre à part entière.