La zone euro peine à gommer ses divergences sur l’aide à la Grèce

 Les pays de la zone euro se sont réunis mardi pour tenter d'avancer dans la mise au point d'un nouveau plan d'aide à la Grèce en réduisant leurs divergences sur la manière d'y faire participer les banques, alors que les agences de notation parient sur une banqueroute du pays.Soulager la Grèce du poids de son énorme dette --près de 350 milliards d'euros-- sans qu'elle soit considérée en défaut de paiement: tel est l'enjeu des discussions entre les ministres des Finances de l'Union monétaire à Bruxelles, entamées dans l'après-midi. Elles devront en principe être bouclées lundi prochain lors d'une nouvelle rencontre.

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a campé sur ses positions. Il a assuré en arrivant que son pays était prêt à aider davantage Athènes, mais réaffirmé que "bien entendu, une participation du secteur privé est un élément d'un programme supplémentaire".

Berlin insiste pour que les créanciers privés de la Grèce (banques, assureurs, fonds de pension et d'investissement) participent à l'effort. Et l'idée semble s'être imposée.

Mais encore faut-il savoir comment procéder afin d'éviter un "événement de crédit", à savoir une situation où la Grèce serait considérée par les marchés comme dans l'incapacité de rembourser sa dette.

Cela risquerait en effet de déclencher des réactions en chaîne potentiellement catastrophiques pour le pays lui-même comme pour le reste de la zone euro.

Après les 110 milliards d'euros de prêts sur trois ans promis l'an dernier à Athènes par les Européens et le Fonds monétaire international, et qui s'avèrent insuffisants, "on parle de 80 milliards d'intervention nouvelle" du FMI et des Européens, a indiqué le ministre belge des Finances, Didier Reynders.

Selon lui, l'engagement des créanciers privés pourrait représenter de son côté "autour de 25 milliards d'euros", soit 105 milliards d'euros au total.

L'effort des banques doit représenter plus de 30% du nouveau paquet d'aides, a estimé pour sa part le ministère néerlandais des Finances.

L'idée serait de donner à Athènes plus de temps pour rembourser des obligations arrivant à échéance jusque mi-2014: soit, c'est l'option prônée par Berlin, en les échangeant par d'autres plus longues; soit en obtenant des créanciers privés la garantie que lorsque leurs prêts arriveront à terme, ils en octroieront d'autres de même montant ("debt roll-over").

Les discussions se cristallisent sur le caractère volontaire ou imposé de cette participation privée.

La ministre autrichienne des Finances, Maria Fekter, a dit avoir "du mal à imaginer que cela puisse se faire sur une base volontaire".

La Banque centrale européenne martèle en revanche que toute restructuration doit être "purement volontaire" et ne contenir aucun élément d'obligation, pour ne pas affoler les marchés. La Commission européenne est sur cette ligne, tout comme la France.

Imposer quoi que ce soit aux créanciers privés serait "une erreur fondamentale", a aussi prévenu Didier Reynders: ce serait "prendre un risque non seulement en Grèce mais probablement ensuite au Portugal ou en Irlande, un risque sur la zone euro, et puis ce serait aussi faire un cadeau à toute une série de spéculateurs qui ont joué sur le défaut de la Grèce".

Mais même une participation volontaire n'évitera pas forcément une sanction.

L'agence Standard and Poor's a prévenu lundi que, quelle que soit l'option retenue (échange de titres ou allongement des maturités), elle considérerait cela "de facto comme un défaut" et baisserait encore sa note sur la Grèce. Elle vient déjà de la dégrader à "CCC", faisant du pays le plus mal noté au monde.