La sécheresse s’installe et la solidarité s’organise dans le monde agricole

 La pluie fait toujours défaut sur une grande partie du pays, à l'exception du Midi, et les éleveurs en appellent à la solidarité nationale pour obtenir de la paille face à une situation jugée catastrophique alors que l'usage de l'eau est limitée dans 60 départements.Sous l'égide du ministère des Transports, une cellule interministérielle de crise, associant l'armée, pour assurer éventuellement des livraisons de grandes quantités de paille a été mise en place vendredi.

Les premiers transports de paille devraient commencer autour du 20 juin, date correspondant au début des moissons avancées de 3 semaines en raison du stade de maturité des céréales. Selon la ministre de l'Ecologie et des Transports, le dispositif devrait rester en place une bonne partie de l'été.

En Lozère certains agriculteurs risquent de perdre "80 à 90% de la récolte de fourrage", a averti Franck Bouniol, coprésident des Jeunes Agriculteurs. Aussi les éleveurs, "pour arriver à garder leurs bêtes jusqu'à avril 2012, vont devoir acheter entre huit et neuf mois de stock de fourrage, sinon on les abat ou on dépose le bilan", selon lui.

Dans les autres régions frappées par la sécheresse, le scénario est identique : entre 50 et 80% de pertes des récoltes de fourrage en Rhône-Alpes, jusqu'à 70% en Auvergne, un tiers des récoltes en Dordogne, selon les responsables agricoles locaux.

Il est possible de "combler les besoins en fourrage par de la paille" certes "naturellement très pauvre en protéine et peu riche en énergie", souligne Christian Huygues, directeur de recherche à l'Institut national de la Recherche agronomique.

Pour obtenir cette nourriture de remplacement les appels à la solidarité commencent à être entendus.

"La première solidarité, c'est de ne pas broyer la paille que les céréaliers utilisent en temps normal comme engrais", a rappelé Franck Sander, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin.

"Une bourse à la paille" a été ainsi créée par les syndicats agricoles du Tarn. "Certains céréaliers sont même prêts à donner leur paille gratuitement", selon Cédric Carcenac, président des Jeunes Agriculteurs.

Les syndicats d'agriculteurs du Pas-de-Calais, "région plus habituée à l'excès d'eau qu'à la pénurie", selon Christophe Polin de la Fédération départementale des Syndicats d'Exploitants agricoles, "ont établi des +listings+ pour mettre éleveurs et céréaliers locaux en relation (...) et répondre aux demandes des autres départements".

Dans l'Aisne on nourrit les bêtes avec de la "pulpe sur-pressée" de betteraves ou des cossettes de pois livrées à des prix symboliques aux éleveurs.

En Camargue, les riziculteurs devraient entrer dans la chaîne de solidarité cet automne en fournissant leur paille de riz, "normalement broyée et qui ne sert à rien", selon André Boulard, président de la Chambre d'agriculture des Bouches-du-Rhône. Cela servira de litière et permettra de réserver le foin à l'alimentation.

Malgré ces efforts, la file d'attente des bovins à l'abattoir de Thiviers en Dordogne s'allonge, la demande d'abattage ayant été multiplié par deux. L'établissement a lancé un appel à la raison des éleveurs.

Le même appel a été adressé aux céréaliers pour éviter la spéculation et maintenir le prix de la paille dans des limites acceptables, "entre 25 et 35 euros la tonne", selon Cédric Carcenac. Cela correspond au coût de la matière organique à répandre dans les champs à la place de la paille broyée.

Enfin, si le Midi de la France reste l'une des rares régions bien arrosées, la sécheresse y provoque des dégâts d'une autre nature. Le niveau du Rhône étant très bas, l'eau de la Méditerranée remonte jusqu'à Arles. Cela provoque un excès nocif de salinité dans les rizières irriguées avec l'eau de surface.