La France doit faire plus d’efforts pour éviter un emballement de sa dette

 La France doit faire davantage d'efforts pour réduire son déficit public, et mieux détailler les mesures déjà annoncées, si elle veut éviter un emballement de sa dette, a prévenu mercredi le premier président de la Cour des comptes Didier Migaud.Lors d'une audition devant les commissions des Finances et des Affaires sociales de l'Assemblée nationale, Didier Migaud a d'abord relevé "des éléments positifs" quant à l'état des finances du pays. "Le déficit a commencé à diminuer en 2010", a-t-il souligné, citant également la réforme des retraites ou la réduction des niches fiscales, qui ont contribué à améliorer ultérieurement les comptes publics.

"La situation n'en reste pas moins sérieuse", a-t-il toutefois pointé. "Les déficits sont toujours trop élevés pour prévenir l'emballement de la dette publique", a-t-il ajouté.

"Il faut freiner le plus vite et le plus fortement possible sa progression", a insisté Didier Migaud, parlant de "menace majeure".

Le déficit public (Etat, sécurité sociale, collectivités locales) de la France est passé de 7,5% du produit intérieur brut en 2009 à 7,1% en 2010. Le gouvernement entend le réduire à 5,7% cette année, 4,6% en 2012 et 3% en 2013.

Selon les dernières prévisions de Bercy dévoilées mardi, la dette publique du pays devrait être plus importante que prévu cette année, à 85,4% du PIB, avant de culminer en 2012 à 86,9% puis de refluer.

"Nous approchons de la zone dangereuse", a mis en garde Didier Migaud.

La Cour des comptes estime ainsi que "les efforts nécessaires vont au-delà des mesures qui ont déjà été prises". Pour être crédibles, celles-ci doivent en outre être mieux étayées, selon elle.

Le gouvernement doit en premier lieu s'attaquer au déficit "structurel", c'est-à-dire chronique, de la France, a estimé Didier Migaud.

Or, a-t-il souligné, "l'effort structurel" de la France a été "quasiment nul en 2010, l'effet du ralentissement de la croissance des dépenses ayant été quasiment annulé par celui des baisses d'impôts".

En 2011, le déficit public devrait nettement diminuer, en partie mécaniquement grâce à la disparition des dernières mesures de relance, a noté le premier président de la Cour. Mais même ramené à 5,7% du PIB, il resterait supérieur à la moyenne de la zone euro. Quant au déficit structurel, il restera "très élevé".

En outre, la prévision de croissance du gouvernement (2,25% en 2012 et 2,5% en 2013 et 2014) est jugée trop optimiste par la Cour, qui estime que "la croissance potentielle peut être estimée à 1,6% par an" entre 2012 et 2014.

Il convient désormais, a insisté M. Migaud, d'accentuer les efforts de maîtrise des dépenses.

Mais il ne s'agit pas de les annuler par de "coûteuses baisses d'impôts", a-t-il mis en garde. Par exemple, "le coût de la baisse de la TVA dans la restauration équivaut aux économies permises par le non remplacement d'un départ à la retraite sur deux dans la fonction publique pendant huit ans (économies nettes de la rétrocession de la moitié des gains de productivité aux agents)", a-t-il calculé.

Enfin, l'effort de réduction sur les niches fiscales, qui en aura réduit le coût de 10,8 milliards en 2012, devrait être "deux fois plus important", a prôné Didier Migaud.