La Bourse de Paris inquiète d’un ralentissement de la croissance

 La Bourse de Paris est-elle en train de basculer dans le pessimisme après avoir bien résisté depuis le début de l'année ? La question se pose dans les salles de marché, où les opérateurs commencent à perdre confiance et s'inquiètent d'un ralentissement de la croissance mondiale.Sur la semaine écoulée, le CAC 40 a cédé 1,52% pour terminer vendredi sous les 3.900 points à 3.890,68 points. Même si le marché affiche un solde positif (plus 2,26%) depuis le début de l'année, le mois de mai s'est soldé par un repli de 2,4%.

L'humeur a indiscutablement changé cette semaine, relèvent des analystes.

"Jusqu'à présent, les marchés résistaient car ils estimaient que les mauvaises nouvelles n'auraient que des effets bien limités dans le temps", estime Christian Parisot, économiste chez Aurel.

Désormais, explique-t-il, "les opérateurs semblent en train de réviser à la hausse les effets négatifs de la catastrophe du Japon, de la politique de resserrement monétaire dans les pays émergents et s'inquiètent davantage des mauvais chiffres américains".

De fait, tous les indicateurs publiés cette semaine aux Etats-Unis ont été décevants, notamment les chiffres de l'emploi américain montrant une progression du chômage qui risque de mettre en péril la consommation.

Les interrogations sur la vigueur de la croissance américaine et mondiale vont tenir le devant de la scène dans les semaines à venir, prévoit Christian Parisot.

"Les inquiétudes sur la croissance mondiale vont prendre le dessus et reléguer au second plan la crise de la dette souveraine en Europe", estiment eux aussi les analystes de Natixis.

Ils s'attendent à ce que "l'aversion au risque augmente", autrement dit à ce que les opérateurs freinent leurs investissements en actifs risqués comme les actions.

A ce titre, la publication mercredi soir du Livre beige de la banque centrale américaine (rapport de conjoncture) sera particulièrement surveillée par les marchés.

Une nouvelle incertitude de taille se profile aussi à l'horizon et devrait accentuer le manque de visibilité sur les marchés: quels seront les effets sur l'économie mondiale de la fin du programme d'assouplissement monétaire américain ?

Fin juin, la banque centrale américaine va en effet cesser d'acheter des obligations d'Etat, ce qu'elle fait depuis cet automne et qui a permis de soutenir l'économie.

Cette échéance va créer un élément supplémentaire d'inquiétude, estime Aurélien Hotton, conseiller boursier chez Swiss Life Gestion privée.

Au plus fort de la catastrophe du Japon et de l'instabilité dans les pays arabes, les investisseurs ont maintes fois cité le rôle stabilisateur de cette politique monétaire "ultra-accommodante" qui, en abreuvant les marchés de liquidités, leur a permis de résister.

Du coup, certains d'entre eux en sont réduits à espérer un hypothétique scénario qui, au vu de la morosité des derniers indicateurs outre-Atlantique, verrait la Réserve fédérale américaine prolonger ses mesures de soutien à l'économie.

Plusieurs indicateurs sont attendus la semaine prochaine: en zone euro, les prix à la production industrielle et celui sur le commerce de détail pour avril. Venant des Etats-Unis, les investisseurs s'intéresseront au niveau des crédits à la consommation en avril. Autre moment fort attendu: la réunion jeudi à Francfort du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne.