L’Inde relève pour la 11e fois en 18 mois ses taux d’intérêt, pour enrayer l’inflation

 La banque centrale indienne a relevé mardi ses taux d'intérêt pour la onzième fois en moins de 18 mois pour enrayer l'inflation, gros point noir de la troisième puissance économique d'Asie, provoquant la déception des milieux d'affaires inquiets pour la croissance.Le repo, taux auquel la RBI prête aux banques commerciales, est désormais de 8% tandis que le reverse repo, le taux d'intérêt que les banques perçoivent quand elles placent des avoirs à la banque centrale, a été porté à 7%.

Les analystes s'attendaient à un relèvement de 25 points de base mais la banque centrale (RBI) a créé la surprise en augmentant de 50 points de base ses principaux taux d'intérêt. Dans son viseur: l'inflation frôlant les deux chiffres en juin, à 9,44%.

Ce taux, qui continue de se situer bien au-dessus du "niveau de confort" de 5% à 6% ciblé par la banque centrale, est le plus élevé des économies d'Asie, et même des grandes économies mondiales à l'exception de la Russie.

Le gouverneur de la RBI, Duvvuri Subbarao, a attribué le fort taux d'inflation à une multitude de facteurs, allant de la hausse des prix du carburant à l'envolée des prix des denrées non alimentaires.

"Même si l'impact des actions prises sur le plan de la politique monétaire est toujours en train de se transmettre (à l'économie), il y a encore le besoin de persévérer dans une attitude anti-inflationniste", a-t-il résumé.

"Une certaine modération de la croissance est inévitable pendant qu'on lutte contre l'inflation", a reconnu M. Subbarao, ajoutant cependant que la RBI n'avait pas l'intention de changer de tactique monétaire.

Prenant les devants, le ministère des Finances a abaissé la semaine dernière de 9% à 8,6% les prévisions de croissance annuelle du pays en raison de la politique monétaire agressive en cours.

"Ralentir l'inflation peut atténuer la croissance sur le court terme mais c'est positif pour une croissance durable à moyen-long terme", a considéré le ministère.

Reflétant les inquiétudes du marché concernant un impact sur la croissance, l'indice principal de la bourse de Bombay a clôturé en baisse de 1,87% à 18.518,22 roupies.

Pour Shanu Goel, une analyste financière au sein de la maison de courtage Bonanza Portfolio Limited, la banque centrale n'avait pas d'autre choix que de relever une nouvelle fois les taux dans la mesure où ses décisions antérieures n'ont pas réussi à faire baisser les pressions inflationnistes.

"La plupart des entreprises ont déjà commencé à se plaindre des coûts financiers plus élevés qui grignotent leurs marges mais la situation économique actuelle impose un autre relèvement des taux", a-t-elle souligné.

Mais le milieu des affaires, inquiet, presse le gouvernement de faire une pause dans le relèvement des taux d'intérêt.

La Fédération indienne des chambres de commerce et d'industrie (FICCI) a exprimé "sa grande déception" à l'annonce de la décision de la RBI.

"Avec le rythme de la croissance déjà sous pression, cette décision va affecter de nouveau les perspectives. Même une prévision de croissance de 8% pour l'année 2011-2012 semble maintenant difficile à atteindre", a mis en garde le secrétaire général de la FICCI, Rajiv Kumar.

La Fédération indienne des entreprises d'infrastructure et de logistique (ILFI) a aussi tiré la sonnette d'alarme, estimant que "cela va certainement diminuer les investissements dans des secteurs sensibles tels que l'automobile".

Les analystes s'attendent toutefois à ce que la banque centrale relève encore au moins une fois ses taux d'ici la fin de l'année civile.

La prochaine réunion de politique monétaire se tiendra le 26 septembre.