Japon: le redémarrage de la production industrielle s’essouffle en juillet

 Le redémarrage de la production industrielle japonaise, ébranlée par le séisme du 11 mars, a marqué le pas en juillet, entravé par le ralentissement économique mondial et la force du yen, sur fond de restrictions d'électricité.La production industrielle de la troisième puissance économique mondiale n'a progressé que de 0,6% en juillet sur un mois, deux fois moins que les prévisions des économistes, a annoncé mercredi le ministère de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie (Meti), précisant que les livraisons et les stocks avaient peu ou prou stagné.

Elle s'était reprise plus vigoureusement en avril (+1,6%) et surtout en mai (+6,2%) et juin (+3,8%), après avoir subi en mars un plongeon inédit de 15,5% à cause du séisme et du tsunami dans la région du Tohoku (nord-est), qui avaient endommagé des usines et désorganisé les circuits logistiques.

Quasi stoppée après la catastrophe en raison des problèmes des sous-traitants installés dans le Tohoku, la production de voitures et de pièces détachées pour l'automobile a continué de se reprendre en juillet, a précisé le Meti.

Le secteur s'est mobilisé au printemps pour aider ses fournisseurs à redémarrer, et l'assemblage des véhicules, quoique encore réduit chez certains constructeurs, se rapproche peu à peu de son rythme normal.

Hideki Matsumura, économiste à l'Institut de recherche du Japon, a souligné en revanche que l'industrie électronique n'avait pas atteint les objectifs espérés - malgré une amélioration notable du côté des téléphones portables -, ce qui avait empêché la production globale de se relever comme prévu.

"Autant le secteur automobile devrait continuer de se reprendre, autant les perspectives sont moins claires pour l'électronique", a-t-il expliqué.

Les producteurs de composants et de produits électroniques grand public souffrent en effet de la vigueur du yen, qui vient d'atteindre son plus haut niveau face au dollar depuis 1945. Un yen trop fort lamine les marges des firmes nippones à l'étranger.

"L'impact du ralentissement économique mondial, couplé avec la hausse du yen, semble freiner le rétablissement des exportations, limitant la reprise de l'activité industrielle", a renchéri Naoki Murakami, économiste à la maison de courtage Monex.

En juillet, l'industrie japonaise a dû en outre composer avec les restrictions de consommation électrique imposées par les autorités pour compenser l'arrêt de la plupart des réacteurs japonais, stoppés après un séisme ou par mesure de précaution depuis l'accident nucléaire de Fukushima.

Les entreprises nippones se sont adaptées, faisant venir leurs employés plus tôt dans la journée pour limiter l'usage des climatiseurs ou fermant leurs portes deux jours en semaine pour les ouvrir le week-end, lorsque la consommation est moins importante.

Cette contrainte a néanmoins quelque peu freiné leur activité estivale, dans des proportions toutefois difficiles à évaluer en l'état, selon les économistes.

Interrogés par le Meti sur les perspectives de production à court terme, les professionnels sont prudents: ils prévoient une montée importante de 2,8% en août mais un repli de 2,4% en septembre.

"Une reprise en V était espérée pour le secteur manufacturier entre octobre et mars mais, au vu de l'activité actuelle, elle semble peu probable", a déploré M. Murakami, pour qui la production industrielle pourrait rester inférieure à son niveau d'avant le désastre au moins jusqu'en mars 2012.

La chute de l'activité des usines au printemps dernier a nettement limité les exportations du Japon, contribuant à maintenir son économie en récession au deuxième trimestre.