Fukushima: Moody’s relègue les notes de Tepco en catégorie spéculative

 L'agence de notation financière Moody's a relégué lundi en catégorie spéculative les notes de la compagnie d'électricité japonaise Tokyo Electric Power (Tepco) du fait de la gravité de l'accident nucléaire de Fukushima et des incertitudes sur la teneur du soutien de l'Etat.La note de la dette à long terme de l'entreprise a été rétrogradée de quatre crans à B1, Moody's jugeant que Tepco présente désormais une assez faible sécurité de remboursement sur le long terme.

La note des titres garantis de Tepco a pour sa part été abaissée de trois crans à Ba2.

Cette nouvelle forte dégradation reflète une "escalade des coûts et des dégâts de la catastrophe qui continue à la centrale nucléaire Fukushima Daiichi" (N°1), saccagée par le séisme et le tsunami du 11 mars dans le nord-est de l'archipel.

Moody's craint que les mesures de soutien envisagées par le gouvernement japonais ne puissent pas protéger complètement les créanciers de Tepco contre des pertes.

"Depuis notre dernière évaluation en mai, la compagnie a révélé que trois des réacteurs nucléaires sont dans un état bien pire que celui estimé précédemment", a justifié Moody's dans un communiqué.

Par ailleurs, "les zones contaminées par les radiations sont plus vastes qu'on ne le pensait auparavant et les coûts totaux vont continuer à augmenter jusqu'à ce que les réacteurs soient stabilisés dans un état de sécurité d'arrêt à froid, ce qui ne devrait pas être le cas avant 2012", a ajouté l'agence.

Officiellement, Tepco estime pouvoir parvenir à cet état d'ici au mois de janvier 2012.

En tout état de cause, Moody's pense que Tepco sera insolvable en l'absence d'une aide gouvernementale substantielle et arrivant à temps pour payer les dommages qui pourraient atteindre plusieurs milliers de milliards de yens (plus de 10 milliards d'euros).

L'agence, qui a déjà à plusieurs reprises révisé négativement les notes de Tepco depuis le 11 mars, prévient en outre qu'elle pourrait encore dégrader son appréciation.

Moody's justifie cette menace par l'incertitude entourant le plan de soutien étatique et la difficulté d'estimer les charges finales dont devra s'acquitter Tepco.

L'agence souligne de nombreuses lacunes et l'absence de précisions dans le projet soumis par le gouvernement au Parlement, rappelant au passage que sa nécessaire approbation par la Diète se heurte à un climat politique exécrable.

Le Premier ministre, qui s'accroche à son poste malgré un déluge d'appels à la démission, fait face à un parti traversé de courants, deux assemblées en désaccord et une opposition remontée.

Moody's pense néanmoins qu'un programme de soutien sera adopté en raison du rôle-clef de Tepco dans l'économie japonaise et en tant que plus grand fournisseur d'électricité du Japon.

Toutefois, même dans le meilleur des cas dans lequel une aide est promulguée en temps opportun, Moody's s'attend à ce que Tepco affiche de très faibles indicateurs financiers pendant des années.

Une autre agence de notation financière, Standard & Poor's, a elle aussi dégradé plusieurs fois la note de Tepco pour des raisons similaires.