EXCLUSIF AFP: Les Syriens vont devoir se serrer la ceinture

 Les Syriens vont devoir se serrer la ceinture alors que leur pays, affaibli économiquement par la contestation en cours, est aussi frappé par de sévères sanctions européennes et américaines, a affirmé dans une interview exclusive à l'AFP le gouverneur de la Banque centrale."Nous allons être confrontés à de plus en plus de difficultés à cause des sanctions et des évènements. Il va falloir se serrer la ceinture", a prévenu M. Adib Mayaleh.

"Le premier secteur frappé c'est le tourisme dont les recettes ont baissé de 90% et le citoyen sera le premier touché. Les transports, les importations, l'industrie tout va être de plus en plus perturbé et le chômage et la pauvreté vont s'accroître", a-t-il précisé.

Pour faire pression sur la Syrie et dénoncer la répression en cours qui a fait plus de 2.200 morts selon l'ONU, la communauté internationale et notamment les Etats-Unis ont annoncé récemment des sanctions commerciales très sévères.

"L'embargo est une punition contre tous les Syriens et particulièrement les plus vulnérables. C'est du blabla quand ils (les Etats-Unis et les Européens), jurent qu'ils ne veulent pas punir le peuple. C'est le seul qui est touché, ce n'est pas le régime. L'embargo entraîne une hausse des prix qui frappe les plus pauvres", a lancé le gouverneur.

Docteur en économie, ayant étudié à l'université d'Aix-en-Provence (sud de la France), M. Mayaleh fait un clin d'oeil à l'Histoire de France: En fait "je dis le contraire de Marie-Antoinette qui affirmait que si les Français n'ont pas de pain qu'ils mangent de la brioche! Mois je pense que nous allons devoir abandonner la brioche pour manger du pain noir".

Parmi les nouvelles sanctions les Etats-Unis viennent de décider d'interdire l'importation de pétrole et de produits pétroliers de Syrie vers les Etats-Unis et ont gelé tous les avoirs que l'Etat syrien pourrait avoir dans les territoires sous sa juridiction.

Suite aux sanctions imposées américaines, la Syrie a cessé ses transactions en dollars depuis mardi, se tournant totalement vers l'euro. "C'est complètement arrêté. C'est la première fois dans l'histoire du pays", a souligné le gouverneur de la Banque centrale, 55 ans et nommé il y a 6 ans à ce poste.

Il souligne que son pays avait cependant envisagé une telle éventualité. "Depuis 2005, nous avions encouragé tous les secteurs économiques à faire des transactions en euros mais malheureusement ils continuaient, dans leur très grande majorité, à les faire en dollars", regrette-t-il.

M. Mayaleh a indiqué que les réserves de son pays s'élèvent actuellement à 17,4 milliards de dollars, soit 800 millions de dollars de moins par rapport à la mi-mars, au début de la contestation.

"Le taux de change de la livre syrienne est resté plus ou moins stable. C'est notre principal objectif depuis le début de la crise", a-t-il confié soulignant que "le dollar a atteint sur le marché parallèle 50,4 LS alors qu'au taux officiel il est à 47,69 LS".

Quant aux rumeurs sur un transfert de 6 milliards de dollars venant d'Iran pour soutenir la livre syrienne et évoqués par des diplomates étrangers, "c'est de la rigolade. Les milliards seraient venus comment? C'est ridicule", a-t-il lancé. La stabilité de la livre syrienne est maintenue grâce à la création il y a deux ans d'un "fonds pour la fluctuation de la monnaie".

Il a estimé que deux milliards de dollars avaient quitté la Syrie en cinq mois. Quant aux dépôts bancaires, "si au début de la crise, les retraits ont atteint 30 milliards de LS (600 M USD), après deux mois, 24 milliards (480 M USD) ont repris le chemin des banques, il y a donc une différence de 6 mds, ce qui est normal car le gens veulent garder du cash avec eux".

Il a enfin lancé une mise en garde aux Européens: "Nous pouvons résoudre nos problèmes avec l'aide de la Chine. Si les Européens se retirent les Chinois peuvent prendre facilement leur place et combler le vide. la Russie aussi peut nous aider".