Entre crise et présidentielle, le prochain budget s’annonce casse-tête

 La préparation du budget de rentrée s'annonce particulièrement délicate pour le gouvernement cette année dans le contexte de crise de la dette en zone euro, de craintes de ralentissement économique mondial et avec la présidentielle de 2012 en vue.A Bercy, les ministres de l'Economie et du Budget, François Baroin et Valérie Pécresse, scruteront, dès vendredi prochain, les chiffres de la croissance du deuxième trimestre. C'est à l'aune de ces résultats que le gouvernement va peaufiner son cadrage budgétaire.

La croissance s'est particulièrement bien tenue au premier trimestre avec une hausse du produit intérieur brut (PIB) de 0,9%, mais l'Insee ne prévoit qu'un maigre progrès de 0,2% au deuxième et certains économistes sont même plus pessimistes.

Si la prévision officielle d'une croissance de 2% sur l'année paraît encore réaliste, de nombreux analystes estiment que pour 2012, le gouvernement, qui table sur un chiffre de 2,25%, va devoir revoir sa copie.

Paris martèle que ses objectifs de réduction des déficits publics sont "intangibles". Il s'agit de les réduire de 5,7% du PIB cette année, à 4,6% l'an prochain, pour revenir à 3% en 2013.

"Tous les grands pays développés sont aujourd'hui confrontés aux mêmes enjeux prioritaires: conforter la croissance et réduire l'endettement public et privé", a déclaré à l'AFP François Baroin, en réagissant samedi à la dégradation de la dette des Etats-Unis.

"La France sera au rendez-vous de la réduction de son déficit cette année et l'année prochaine", a renchéri Valérie Pécresse sur Europe 1.

La France n'a pas le choix: c'est "le plus fragile des pays notés AAA", la meilleure cote possible des agences de notations, confesse une source proche du gouvernement.

Après un accord arraché fin juillet à Bruxelles pour sauver la Grèce de la faillite, les craintes de contagion en Europe s'accentuent, l'Italie et l'Espagne se retrouvant désormais de nouveau sous la pression des marchés.

Alors que la charge de la dette devrait être cette année le premier poste de dépenses du budget de l'Etat français, le gouvernement doit convaincre du sérieux et de la crédibilité de son programme de rétablissement des finances publiques.

Le Fonds monétaire international (FMI) a récemment prévenu que pour respecter ses engagements, il faudrait "des mesures supplémentaires".

Jusqu'ici, un effort d'"au moins 3 milliards d'euros" pour trouver des recettes nouvelles a été programmé.

Le gouvernement a récemment préparé les esprits à un tour de vis supplémentaire. D'ici fin août, il présentera un épais rapport de l'Inspection générale des finances (IGF) évaluant le coût et l'efficacité des niches fiscales et sociales, dont il devrait s'inspirer pour faire ses arbitrages.

Le rapporteur UMP du Budget à l'Assemblée nationale, Gilles Carrez, chiffre à 5 milliards d'euros les économies supplémentaires nécessaires pour 2012. Il incite le gouvernement à faire porter l'effort pour moitié sur les niches, pour l'autre sur la réduction des dépenses.

"On a amorcé une étape en baissant les dépenses de fonctionnement", indique-t-il à l'AFP. "Pour dégager des économies massives, il faut maintenant lancer des réformes sociales de grande envergure, mais elles ne pourront être engagées qu'en début de mandat", concède-t-il.

En attendant, Nicolas Sarkozy s'est engagé à préserver les niches fiscales "au service de l'emploi". Pas question non plus de revenir sur la TVA à 5,5% dans la restauration, a-t-il promis.

"C'est pourtant une des niches les plus simples à supprimer!", lance Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès. "Je suis très curieux de voir comment le gouvernement va résoudre cette équation budgétaire", ajoute l'analyste, parlant d'un "budget sans précédent, à cause de la crise en zone euro".