Des huissiers perquisitionnent dans les locaux du britannique BP à Moscou

 Des huissiers ont perquisitionné mercredi dans les locaux de BP dans le cadre d'une affaire liée à son alliance avortée avec le numéro un russe du pétrole Rosneft, une opération qualifiée par le géant britannique de tentative de faire pression sur ses activités en Russie.L'annonce de la perquisition a été faite par un porte-parole de BP dans ce pays, Vladimir Bouïanov.

Il a indiqué que cette opération était réalisée dans le cadre d'un procès intenté à BP au sujet de son alliance avec Rosneft pour explorer l'Arctique, qui a échoué en mai.

Le président de BP en Russie, Jeremy Huck, a dénoncé cette perquisition.

"A notre avis, la décision du tribunal (...) n'a pas de justification légale", a-t-il déclaré, cité par l'agence de presse Interfax.

"Nous considérons ces actions comme un élément de pression sur les affaires de BP en Russie", a-t-il dit, ajoutant que l'opération des huissiers pourrait durer jusqu'à la fin de la semaine.

Le service fédéral des huissiers de justice a précisé que la perquisition avait pour but de trouver des documents réclamés par le tribunal d'arbitrage de la région de Tioumen (Sibérie), auprès duquel un recours a été déposé contre BP cet été, et a réfuté les accusations de pressions.

Ce recours a été déposé par Andreï Prokhorov, un actionnaire minoritaire de TNK-BP, la coentreprise de BP en Russie, qui réclame des compensations au groupe britannique après son projet avorté d'alliance avec Rosneft.

Annoncé en janvier, l'accord a échoué en raison de l'opposition des actionnaires russes de TNK-BP, réunis au sein du consortium Alfa-Access-Renova (AAR), qui ont fait valoir qu'il constituait une violation flagrante du pacte d'actionnaires de TNK-BP, la coentreprise n'étant pas invitée à rejoindre l'alliance.

Agissant avec d'autres actionnaires minoritaire, M. Prokhorov - que certains accusent d'agir pour le compte d'AAR - évalue à 87 milliards de roubles (3,6 milliards d'euros) le préjudice subi, selon ses avocats.

"L'entité perquisitionnée n'a pas de liens avec le procès de Tioumen", a estimé BP dans un courriel envoyé de Londres.

Si la décision du tribunal de Tioumen était jugée fondée, "cela signifierait que n'importe qui peut faire une descente dans les locaux d'une entreprise à volonté et examiner tous ses documents", a ajouté la compagnie, qui subit une nouvelle déconvenue dans le pays.

L'histoire de BP en Russie est en effet mouvementée : le groupe avait déjà eu maille à partir en 2008 avec AAR, un conflit qui avait abouti à l'éviction du pays du président de TNK-BP de l'époque, Bob Dudley, aujourd'hui PDG de la major.

Et cette perquisition intervient au lendemain de la signature d'une nouvelle alliance, cette fois-ci entre Rosneft et la compagnie américaine ExxonMobil.

"On ne sait pas si les responsables judiciaires ont choisi exprès de perquisitionner dans les bureaux de BP un jour après l'accord Rosneft-ExxonMobil", écrit l'analyste Lilit Gevogyan, d'IHS Global Insight, dans une note.

"C'est sans doute plutôt une coïncidence symbolisant les chances croissantes du groupe américain en Russie face à la malchance du géant britannique", ajoute l'analyste.