Crise grecque: les marchés fragilisés par les atermoiements européens

 Les marchés financiers ont accusé le coup jeudi face aux incertitudes grandissantes entourant la Grèce, en pleine crise politique, et qui divise profondément les Européens appelés à son chevet."Les marchés ne quittent pas des yeux la paralysie politique en zone euro, alors que les responsables peinent à trouver une solution pour la Grèce, prise en étau entre austérité et gronde populaire", commentait Michael Hewson, analyste chez CMC Markets.

Les incertitudes et l'incapacité de la zone euro à se mettre d'accord sur les moyens d'aider la Grèce, à deux doigts du défaut pour les agences de notation, ont lourdement pesé sur le moral des investisseurs.

Bruxelles s'est fixé jeudi l'objectif d'arriver à un accord sur un nouveau plan de sauvetage pour la Grèce en juillet.

Mais "plus le temps passe, plus la pression monte, plus la solution sera douloureuse", soulignaient les analystes d'Euroland Finance.

Le marché des changes a été le plus lourdement affecté par cette situation de crise. La monnaie unique européenne est tombée à 1,4074 dollar vers 09H35 GMT jeudi, un plus bas depuis trois semaines.

Peu avant 18H00 (16H00 GMT), elle valait 1,4151 dollar contre 1,4182 mercredi à 21H00 GMT et près de 1,47 dollar il y a encore dix jours.

Du côté du marché obligataire, les taux grecs à 10 ans s'acheminaient vers les 18%, des niveaux évidemment jamais vus, tandis que ceux sur deux ans frôlaient les 30%.

Ils entraînaient dans leur sillage les taux des autres pays fragiles de la zone euro, y compris l'Espagne qui voyait les taux de ses emprunts sur dix ans atteindre un niveau jamais vu depuis son entrée dans la zone euro, à 5,72%.

Les CDS grecs, portugais et irlandais --ces assurances prises pour se prémunir du risque de défaut-- enregistraient de nouveaux records à la hausse, les contrats grecs évoluant à 2.072 points de base, selon le spécialiste des données du marché de gré à gré CMA, filiale de la Bourse de Chicago.

Concrètement, cela signifie que pour s'assurer contre le non remboursement de 10 millions de dollars de dette grecque à un horizon de 5 ans, un créancier devra payer 2,07 millions de dollars par an d'ici à l'échéance.

La Grèce est ainsi devenu le pays le plus risqué au monde au regard du marché des produits financiers dérivés.

Les CDS de l'Irlande et du Portugal ont de leur côté dépassé les 800 points pour la toute première fois de leur histoire.

Enfin, les Bourses européennes ont souffert la moitié de la séance avant d'effacer la plupart de leurs pertes: l'Eurostoxx 50 n'a finalement cédé que 0,03%, le Dax à Francfort 0,07% et le CAC 40 à Paris 0,38%.

A Madrid, l'Ibex a reculé de 0,15%, le PSI au Portugal de 1,68%.

Enfin, la Bourse grecque a elle lâché 2,81%.

Comme à chaque résurgence de la crise grecque, le secteur bancaire a été pénalisé. L'indice sectoriel européen a perdu 1,03%.

Anticipant un probable défaut de la Grèce, "les agences de notation, par +précaution+", commencent déjà à +ajuster+ les notes des banques ou des assureurs européens", soulignaient les analystes d'Aurel.

"Un défaut de la Grèce aurait, au mieux, un impact négatif sur les coûts de financement des banques et relancerait éventuellement des anticipations de recapitalisation de certaines. Au pire, un risque de gel du marché interbancaire ne peut pas être totalement exclu. On serait alors proche d'une crise financière à la +Lehman+", quand la faillite de cette banque d'affaires américaine en septembre 2009 avait donné le coup d'envoi de la plus grave crise financière depuis celle de 1929, selon ces analystes.