Crise de la dette: la zone euro envisage un sommet extraordinaire

 La zone euro envisage de se réunir au plus haut niveau en fin de semaine pour tenter d'éviter la contagion de la crise de la dette à l'Italie et l'Espagne qui sonnerait le glas de l'Union monétaire, alors qu'un défaut de paiement de la Grèce n'est plus exclu.Une longue réunion lundi soir à Bruxelles des 17 ministres des Finances de la zone euro a abouti à des promesses de nouvelles mesures pour soutenir la Grèce et renforcer les défenses anti-crise de l'Union monétaire, sans toutefois réussir à stopper l'hémorragie sur les marchés financiers.

Ils restaient sous tension mardi, même si le mouvement de panique semblait s'apaiser en milieu de journée mardi.

"Nous sommes entrés dans une zone de turbulences très forte, qui pourrait s'avérer très dangereuse pour l'ensemble de la zone euro", a estimé l'économiste Patrick Jacq, stratégiste obligataire chez BNP-Paribas.

Du coup, le président de l'Union européenne, Herman Van Rompuy, envisage de convoquer pour vendredi un sommet extraordinaire des dirigeants des pays de la zone euro pour tenter de crever l'abcès en définissant une riposte coordonnée.

Un tel sommet n'est "pas exclu", a-t-il dit à Madrid lors d'une conférence de presse.

Des sources diplomatiques à Bruxelles ont confirmé qu'une réunion des dirigeants des pays de la zone euro sur la crise de la dette était "à l'étude".

La probabilité d'une telle rencontre témoigne de l'inquiétude grandissante des responsables européens face au danger de voir la crise de la dette gagner des pays aussi importants que l'Italie et l'Espagne, ce qui mettrait en péril le projet de l'Union monétaire dans son ensemble douze ans après sa création.

"Pour l'Italie, c'est un moment certainement pas facile", a reconnu mardi le chef du gouvernement Silvio Berlusconi, en appelant la population à être "unie" et prête aux "sacrifices" exigés par la rigueur budgétaire.

Les taux d'intérêt demandés par les marchés financiers pour prêter des fonds à Rome et Madrid se sont envolés. Une situation difficilement tenable, si elle se prolongeait, pour leurs finances publiques.

L'intensification de la crise met l'Europe sous intense pression pour surmonter ses divergences sur les moyens de trouver une réponse et notamment de finaliser un deuxième plan d'aide à la Grèce.

Il bute depuis des semaines sur des divisions au sujet des modalités de participation des banques et fonds de pension à un tel programme. Cette incertitude a contribué à accroître la nervosité des investisseurs.

La réunion lundi soir à Bruxelles a permis quelques avancées. Les ministres ont promis de "tout faire pour assurer la stabilité financière" de la monnaie commune et annoncé un renforcement des moyens du Fonds de secours financier pour les pays en difficulté de la zone euro.

Ils entendent concrètement renforcer "la flexibilité" et "l'envergure" du Fonds, qui a déjà servi à aider le Portugal et l'Irlande, pour parer à toute éventualité. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, n'a pas exclu mardi que sa capacité de prêts, actuellement de 440 milliards d'euros, soit accrue.

Il est aussi question d'autoriser ce mécanisme à racheter de la dette publique sur le marché secondaire, là où les investisseurs s'échangent des titres déjà en circulation. Cela permettrait, dans le cas de la Grèce, de réduire le poids de sa dette et des intérêts payés. Et de soulager Athènes.

Une avancée significative car les Allemands et les Néerlandais étaient jusqu'ici fortement opposés à cette idée et se reposaient sur la Banque centrale européenne (BCE) qui, depuis la crise, intervient seule sur le marché de la dette via ce procédé.

Reste à surmonter les divisions au sujet de la participation des banques au deuxième plan d'aide à la Grèce.

Le ministre des Finances néerlandais Jan Kees de Jager a affirmé mardi que la zone euro n'exclut désormais plus un défaut partiel de la Grèce. "Cette option n'est désormais plus exclue", a-t-il dit.

Mais, signe de la cacophonie persistante entre Européens, son homologue luxembourgeois, Luc Frieden, l'a néanmoins contredit. "Ce n'est pas une option que nous avons envisagée", a-t-il dit aux journalistes.