Crise de la dette: Italie et Espagne pénalisées par une croissance poussive

 L'Italie et l'Espagne ont encore connu une croissance poussive au deuxième trimestre, talon d'Achille de ces deux pays qui complique leur assainissement budgétaire alors que les marchés craignent qu'ils ne soient les prochaines victimes de la crise de la dette.D'avril à juin, la croissance a ralenti en Espagne à 0,2% contre 0,3% au premier trimestre, selon la Banque d'Espagne, tandis qu'elle a accéléré à 0,3% en Italie, selon l'institut de statistiques, mais par rapport à une croissance particulièrement atone de 0,1% sur les trois premiers mois de 2011.

Une situation qui inquiète les marchés car elle rend mécaniquement plus difficile l'assainissement budgétaire. Une croissance molle freine en effet les rentrées fiscales, la consommation, les investissements...

"Si les Etats ont une dette élevée, ils doivent croître, sinon cette dette devient insoutenable. C'est le point crucial et c'est pour cela que l'Italie et l'Espagne sont devenus la cible" des marchés, analyse Chiara Corsa, économiste de la banque italienne UniCredit.

L'Italie croule sous une dette représentant environ 120% de son PIB et dont les intérêts pèsent sur son déficit budgétaire qui s'est élevé à 4,6% en 2010.

En Espagne, la dette est moins élevée (63,6% au premier trimestre) mais le déficit était en revanche de 9,24% fin 2010.

Problème, selon Giuliano Noci, professeur au Mip, l'école de commerce de l'Université Politecnico de Milan, les craintes des marchés ont un air de "prophétie autoréalisatrice".

Les tensions sur les marchés font en effet bondir les taux obligataires italiens et espagnols à des niveaux records, ce qui fait grimper le coût de leur dette et peut avoir des répercussions sur le financement de l'économie réelle.

Si les taux restent à ces niveaux, de nouvelles mesures d'austérité pourraient s'avérer nécessaires avec un effet dépressif sur la croissance.

"Les possibles répercussions des tensions sur les marchés de dette souveraine sur l'économie réelle sont la principale source de risques", a estimé vendredi la Banque d'Espagne.

"Il faut donc inverser la tendance avec une réponse claire, rapide, fixant des priorités" afin de relancer la croissance, insiste M. Noci.

"La situation de l'Italie est toutefois peut-être pire que celle de l'Espagne qui a déjà beaucoup fait car l'Italie a un problème structurel", les lourdeurs bureaucratiques, la fiscalité et le manque de flexibilité du marché du travail freinant sa croissance depuis des années, juge Chiara Corsa.

Pressé par le patronat et les syndicats, le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi a annoncé jeudi l'adoption en septembre d'un "pacte" afin de relancer la croissance et de rassurer les marchés.

Mais les partenaires sociaux souhaitent une approbation plus rapide face à l'"urgence" de la situation et ont appelé le gouvernement et les parlementaires à renoncer à leurs vacances.

En Espagne, alors que le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero a lancé des réformes du marché du travail, du secteur bancaire et des retraites, la banque d'Espagne l'a appelé vendredi à "un accomplissement rapide et ambitieux" de ces réformes en vue de "réduire l'incertitude et rétablir une situation de croissance plus solide".

L'économie espagnole, qui avait tout misé sur la construction avant la crise, peine en effet à renouer avec la croissance depuis l'éclatement de sa bulle immobilière en trouvant d'autres secteurs d'activité et affiche le taux de chômage (20,89%) le plus élevé parmi les pays industrialisés.