Coup d’arrêt à la croissance de l’économie française au coeur de la tourmente

 La croissance de l'économie française a accusé un brutal coup d'arrêt au deuxième trimestre alors même que la France est l'objet d'attaques sur les marchés boursiers où certains opérateurs spéculent sur le ralentissement de son économie.Croissance nulle à 0,0%, a annoncé l'Insee à 07H30 précises, parlant dans un euphémisme de "stabilité" du produit intérieur brut (PIB) après une croissance "vive", confirmée à 0,9% au premier trimestre.

La précédente chute de l'activité économique remontait à la récession de 2008-2009, lorsque la croissance s'était inscrite en négatif sur quatre trimestres consécutifs, plongeant jusqu'à -1,5%.

Si le ministre de l'Economie François Baroin a admis du bout des lèvres un chiffre "un peu décevant" et assuré que la croissance sur l'ensemble de l'année serait "en ligne" avec une prévision gouvernementale de 2%, les analystes sont sur une note nettement plus négative.

"Le chiffre d'aujourd'hui est évidemment une mauvaise nouvelle et reflète l'atonie de la quasi-totalité des composantes de la demande intérieure", a souligné Camille de Williencourt (Natixis).

Ces chiffres "sont particulièrement inquiétants dans le contexte actuel de forte instabilité sur les marchés financiers", a renchéri cet analyste qui anticipe un "ralentissement considérable" de la croissance sur les trimestres à venir.

La Bourse de Paris, qui avait clôturé en hausse jeudi soir, poursuivait ses mouvements erratiques vendredi.

Face à l'extraordinaire incertitude sur l'évolution de la crise des dettes souveraines et ses conséquences, les pronostics sur la croissance française, comme de toutes les économies développées d'ailleurs, paraissent pour le moins hasardeux.

Une seule certitude : l'acquis de croissance, autrement dit le taux de croissance annuel dans l'hypothèse d'un chiffre de nouveau nul sur les deux derniers trimestres de 2011, chute désormais à 1,4%, selon l'Insee.

Philippe Waechter, directeur des études économiques chez Natixis Asset Management, a fait ses calculs. Avec une croissance de 0,5% aux troisième et quatrième trimestres, la progression du PIB sur l'année ne serait que de 1,8%, sensiblenent inférieure donc aux hypothèses budgétaires du gouvernement.

Dans ces circonstances, la préparation du budget 2012, dont la croissance est la pierre angulaire, s'annonce donc particulièrement délicate alors que Paris a promis de nouvelles mesures pour respecter ses objectifs "intangibles" de réduction des déficits publics.

Plus généralemant, Chris Williamson , chef économiste du cabinet Markit, estime que les dernières nouvelles en provenance d'Allemagne et de France "suggèrent que la reprise dans la zone euro montre des signes inquiétants de faiblesse".

La question sera naturellement au coeur de la rencontre entre le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel, mardi à l'Elysée.

"La conviction profonde du président de la République et, je crois le savoir, de la chancelière allemande, c'est que le statu quo (n'est) plus possible", a souligné François Baroin sur RTL.

Il faut "accélérer les réflexions" sur une réforme de la gouvernance de la zone euro, a-t-il enchaîné, apportant sa "garantie" aux investisseurs que le couple franco-allemand ferait des "propositions fortes" d'ici à la sortie de l'été.

Marchés et économistes quasi unanimes ont appelé à une mise en oeuvre rapide des décisions du sommet de Bruxelles du 21 juillet censées sauver l'économie grecque et la cohésion de la zone euro alors que, jusqu'à présent, l'échéance envisagée est la fin septembre, après le retour de vacances des parlementaires.

Pour justifier le "ralentissement" de la croissance, François Baroin et la ministre du Budget Valérie Pécresse ont invoqué dans un communiqué commun "un repli de la consommation des ménages" dû pour l'essentiel à la suppression de la prime à la casse.

Ce phénomène, ajoutent-ils, "a été amplifié par une conjoncture internationale défavorable (crise dans le monde arabe, difficultés au sein de la zone euro, séisme au Japon)".

Ils soulignent que "plusieurs indicateurs sont bien orientés" avec 20.000 créations d'emplois de plus que prévu par l'Insee au deuxième trimestre, des investissements qui demeurent "robustes" et des prix à la consommation qui ont baisssé de 0,4% en juillet alors que les salaires enregistrent "une progression soutenue", ce qui soutiendra selon eux le pouvoir d?achat des ménages.