Achat de la dette américaine: Pékin a peu de marge de manoeuvre

 Même si en pleine crise des dettes souveraines la Chine fustige vertement les Etats-Unis et promet de diversifier ses investissements en devises étrangères, elle ne pourra pas réellement réduire sa dépendance des bons du Trésor américain.Très préoccupée par tout risque de déstabilisation de son économie, Pékin s'inquiète de la dette abyssale des Etats-Unis car la deuxième économie du monde serait la première à souffrir d'un effondrement du dollar, synonyme d'une perte de valeur proportionnelle de ses réserves de change.

La Chine détenait en mai quelque 1.160 milliards de dollars de bons du Trésor américains.

Pékin "a désormais tous les droits d'exiger des Etats-Unis qu'ils s'attaquent à leur problème structurel de dette", avait affirmé samedi l'agence officielle Chine nouvelle.

"Les jours où l'oncle Sam, perclus de dettes, pouvait facilement dilapider des quantités infinies d'emprunts de l'étranger semblent comptés", a ajouté l'agence.

Cette assurance, voire cette suffisance, n'a pas suscité de réponse outre-Pacifique, Washington étant soucieux de ne pas ajouter à la fébrilité des marchés une guerre des mots avec le tout premier de ses créanciers étrangers.

"La Chine, en tant qu'investisseur, a le droit de défendre ses intérêts", a déclaré à l'AFP Zhao Xijun, professeur à l'Université du Peuple.

Reste que les options pour Pékin sont limitées.

Les réserves de change de la Chine, les plus importantes au monde, ont atteint 3.197 milliards de dollars fin juin, en augmentation de 30,3% sur un an, selon la banque centrale.

Des réserves colossales qui sont appelées à augmenter régulièrement, tant que la Chine -- premier exportateur mondial qui a enregistré en juillet un nouveau record de ses exportations -- continuera d'accumuler les excédents commerciaux.

Cette quantité de réserves est telle qu'en pratique la Banque centrale chinoise aura du mal à diversifier ses investissements en devises étrangères.

"Toute vente importante de la part de la Chine de ses avoirs en dollars serait remarquée par les marchés mondiaux et pourrait déclencher à grande échelle des ventes panique des réserves en dollar", a souligné Ma Jun, un économiste de la Deutsche Bank basé à Hong Kong.

Avec les menaces pesant sur certaines dettes en Europe, comme celles de l'Italie ou de l'Espagne, les bons du Trésor américain restent attractifs, selon Liu Hongke, de CCB International Securities.

"Malgré l'abaissement (de la note de la dette des Etats-Unis par l'agence de notation Standard & Poor's), les Etats-Unis demeurent plus sûrs que l'Europe", a assuré Mme Liu.

"Il est très difficile de réduire les bons du Trésor américain. Avec de telles quantités de réserves de change, si vous n'investissez pas dans la dette américaine, il est pratiquement impossible de les diversifier", a-t-elle ajouté.

Les experts estiment que la vente par Pékin de davantage de ses avoirs en dollars mettrait plus de pression sur le yuan, la monnaie chinoise dont le cours doit impérativement être réévalué à la hausse, selon les Etats-Unis et d'autres pays occidentaux.

Mais la Chine refuse de laisser grimper ce taux de change du yuan, par crainte que ses exportations en souffrent. Les Chinois continueront à acheter des bons du Trésor américain, pense également Michael Pettis, de la Fondation Carnegie.

"C'est quelque chose qu'ils ne peuvent tout simplement pas arrêter", a affirmé M. Pettis.